Sur fond de popularité de la culture japonaise à l’étranger et dans un contexte de faiblesse du yen, le nombre de visiteurs internationaux au Japon ne cessait de progresser depuis la fin de la pandémie de Covid-19. En 2025, le pays en a accueilli plus de 42 millions. “Le tourisme est devenu l’une des rares industries en pleine croissance”, saluait alors le quotidien économique Nihon Keizai Shimbun, à propos de ce record historique.
Mais cette année, la tendance semble s’infléchir. Entre janvier et juin, un peu plus de 21 millions d’étrangers se sont rendus dans l’archipel, soit une baisse de 2 % par rapport à la même période de l’année 2025, rapporte le journal dans un autre article. “Une première depuis cinq ans”, souligne de son côté la chaîne publique NHK. Si les Sud-Coréens et les Taïwanais sont de plus en plus nombreux à visiter le Japon (+ 18,6 % et + 20,9 %, respectivement, par rapport à 2025), les touristes chinois n’étaient que 2 millions, soit une baisse de 56,4 %.
Une situation qui s’explique évidemment par la crise diplomatique entre Pékin et Tokyo, soulignent les médias japonais. Depuis les propos de la Première ministre japonaise, Sanae Takaichi, sur un éventuel conflit dans le détroit de Taïwan, rien ne va plus entre les deux capitales asiatiques.
Levier diplomatique
En matière de tourisme, les autorités chinoises disposent d’outils juridiques et administratifs leur permettant de restreindre, voire de suspendre, les voyages de leurs ressortissants vers certaines destinations, notamment en contrôlant les voyages organisés à l’étranger. Pékin peut donc utiliser ce levier pour faire pression sur une capitale étrangère.
“La Chine se sert de cela pour ses stratégies diplomatiques”, relève Hiromoto Kaji, spécialiste des relations internationales en Asie, interrogé par le quotidien Asahi Shimbun. En 2017, Pékin a ordonné aux agences de voyages de suspendre toutes leurs activités liées à la Corée du Sud, à la suite des tensions provoquées par la stratégie de défense de Séoul. Résultat : en 2018, le nombre de Chinois visitant le pays a diminué de moitié.
Engrangeant 9 450 milliards de yens par an (plus de 50 milliards d’euros) selon les statistiques datées de 2025, le tourisme international est devenu “un pilier” de l’économie nippone, comme le souligne le journal dans un autre article. À l’heure où la valeur du yen n’en finit pas de chuter, “l’industrie permet au pays de gagner des devises étrangères”.
Mais la baisse du nombre de touristes n’est pas en soi une nouvelle catastrophique pour l’économie du pays, tempère Hiroshi Kurosu, chercheur à JTB Tourism Research & Consulting Co, cité par la NHK. Selon lui, le tourisme international au Japon est entré “dans une phase de maturité” et la baisse de la fréquentation s’explique en partie par la cherté du pétrole. Et pour cet expert, “il va y avoir de plus en plus de personnes qui visitent le pays pour la deuxième ou la troisième fois. Nous devrions adapter nos offres et services à leurs demandes.”
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