L’affaire remonte à novembre 2024, lorsque plusieurs réfugiées soudanaises ont dénoncé des actes d’abus et d’exploitation sexuelle commis par “ceux qui étaient censés les protéger, comme les travailleurs humanitaires et les forces de sécurité locales” dans les camps de déplacés de Médecins Sans Frontières (MSF) dans l’est du Tchad. Ces allégations ont conduit l’ONG à ouvrir une enquête interne, dont les conclusions ont été révélées ce 13 juin par l’agence américaine Associated Press.
Finalisé en juillet 2025, le rapport a reconnu 59 cas “d’abus et d’exploitation sexuelle” commis par des hommes du personnel de l’organisation sur des femmes et des filles mineures réfugiées, souligne Radio Dabanga, en échange d’aide, de nourriture ou d’emplois. Ces conclusions font état d’abus “plus répandus que ce qui avait été rapporté précédemment”.
Bien que certaines allégations aient été corroborées, “d’autres n’ont pas pu être vérifiées, faute d’identification des victimes ou des auteurs présumés”, constate aussi Alwihda Info.
Selon la déclaration de l’ONG faite ce 16 juin, les employés mis en cause étaient des “contractuels, journaliers, prestataires externes et fournisseurs”. Dix-huit d’entre eux, locaux ou étrangers, ont été licenciés et interdits d’exercer toute activité professionnelle ultérieure.
Exploitation et abus généralisés
Au cours d’un incident relaté dans le rapport, “sept jeunes réfugiées, employées comme journalières selon les informations recueillies, ont été transportées dans un véhicule de MSF. On leur aurait dit qu’elles allaient se rendre sur des chantiers de distribution d’eau et de construction, mais elles ont en réalité été conduites ailleurs, où elles ont subi des agressions sexuelles et ont été contraintes à des relations sexuelles”, détaille Radio Dabanga.
“L’enquête a également révélé que certaines employées tchadiennes ont été menacées de licenciement si elles refusaient d’avoir des relations sexuelles avec leurs supérieurs ou leurs collègues”.
À la suite de l’enquête, l’organisation a annoncé avoir mis en œuvre des mesures correctives dans l’est du Tchad, “notamment des contrôles de recrutement plus stricts pour le personnel local, des mécanismes de plainte améliorés et le déploiement de ressources dédiées à la protection”, souligne Sudan Tribune.
La mesure sera-t-elle suffisante ? MSF a reconnu dans son rapport avoir déjà été confrontée à des allégations similaires, notamment des signalements d’exploitation et d’abus généralisés commis par des travailleurs humanitaires et des casques bleus dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest en 2002 et, plus récemment, lors de l’épidémie d’Ebola de 2021 en République démocratique du Congo. Pourtant, “globalement, peu de choses ont changé” depuis lors, pointe Associated Press.
“MSF est présente au Tchad depuis 1981, où elle fournit des soins de santé d’urgence et un soutien nutritionnel aux réfugiés et aux communautés d’accueil”, rappelle Sudan Tribune. L’organisation emploie actuellement 872 personnes locales et 81 personnes internationales dans le pays, ainsi que 390 agents de santé non contractuels. Ce qui en fait “l’un des plus importants employeurs et l’une des plus grandes organisations humanitaires dans les camps de réfugiés de l’est du Tchad”, pays où se trouvent plus de 900 000 réfugiés du conflit soudanais, selon le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés.
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