La mardi 3 février 2026, soit jour J-4 avant la fin du mandat du Conseil Présidentiel de Transition (CPT), les autorités avaient repris le cycle de Lodyans (causerie) hebdomadaire à la Villa d’Accueil où ministres et membres du CPT, à tour de rôle, viennent faire le point sur les activités que chaque entité de l’État entreprenne dans la gestion du pays. Pour cette 35e édition des « Mardis de la Nation », c’est le ministre en charge des élections et des questions constitutionnelles, Joseph André Gratien Jean, qui officiait au nom du gouvernement. Au cours de ce dialogue avec les médias présents, le monsieur élection de la Primature devait souligner l’engagement fort du pouvoir à moderniser l’appareil électoral y compris son architecture.
Avant de reprendre l’essentiel de ce qui avait été dit lors de la signature de l’accord entre le CEP et son homologue mexicain, l’INE, Joseph André Gratien Jean avait annoncé que le gouvernement, à travers le ministère de la Justice, a entrepris une vaste campagne afin de renforcer la capacité des partis politiques dans un programme durant lequel près de deux milles personnes, membres de 240 formations politiques, ont reçu une formation. Celui qui était en charge des scrutins pour le pouvoir indiquait aussi que plus de : « 82,97 millions de dollars américains étaient disponibles depuis l’année 2025 en vue de couvrir les aspects techniques et technologiques en relation avec l’organisation des scrutins généraux au cours de l’année 2026. Près de 18,34 millions ont été dépensés pour le fonctionnement du CEP et 3,84 millions pour l’organisation de la Conférence nationale, qui a abouti aux Assises nationales. À ce jour, 25,41 millions ont été utilisés, et 57,56 millions restent disponibles, dont 15,97 millions déjà engagés. Un fonds placé sous la gestion du ministère de la Planification, du Conseil Électoral Provisoire et de l’ONU à travers le PNUD (Programme des Nations-Unies pour le Développement). »
Enfin, le chargé des questions électorales et constitutionnelles précisait que le Comité de pilotage chargé de la révision constitutionnelle avait déjà transmis le projet de la nouvelle Constitution au Conseil Présidentiel de Transition. Après tous ces détails et voulant sans doute commencer à marquer son territoire, le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé jugeait nécessaire de faire paraitre un communiqué dans la soirée du mardi 3 février 2026 pour reprendre mot à mot tout ce que la presse avait déjà rapporté au public.
« Le ministre délégué Joseph André Gracien Jean a mis l’accent sur la modernité du décret électoral et du calendrier électoral, ouvrant la voie à la décentralisation du centre de tabulation et à une plus large participation des femmes aux élections, un atout majeur pour la démocratie en Haïti. Par la suite, il a salué la signature récente d’un protocole d’accord de coopération entre le Conseil électoral provisoire (CEP) et l’Institut national électoral (INE) du Mexique. Ce protocole est centré sur le système électoral, notamment en matière de renforcement des capacités des opérateurs électoraux, de gestion et de mise à jour du registre électoral, ainsi que sur l’utilisation de la technologie dans la gestion des élections en période de crise » indiquait le communiqué de la Primature.
Le lundi 9 février, soit deux jours après la passation des pouvoirs au Premier ministre, passation consécutive au départ du Conseil Présidentiel de Transition (CPT), l’Organisation des États Américains (OEA) depuis Washington, par le biais de son Secrétariat général, a renouvelé une nouvelle fois son soutien au nouveau chef d’Haïti. Par le truchement d’un long communiqué, l’OEA rappelle que les élections étaient les seules solutions viables pour sortir Haïti de la crise et dit soutenir les démarches des Nations-Unies, à travers la Résolution 2793 du Conseil de sécurité, pour ramener la sécurité dans le pays. Pour formaliser une énième fois son appui aux nouvelles autorités, notamment à Alix Didier Fils-Aimé, le nouvel homme fort à Port-au-Prince, le communiqué de l’OEA disait que : « Nous réitérons qu’une approche dirigée par les Haïtiens et appropriée par les Haïtiens demeure fondamentale. Pour atteindre ces objectifs, nous réaffirmons la nécessité d’une consultation et d’un dialogue nationaux réguliers et structurés entre les Haïtiens, afin de favoriser l’unité et de créer un processus politique et de gouvernance stable et propice. »
Craignant peut-être un soulèvement populaire dans le pays pour contester la manière dont le Premier ministre a hérité de tous les pouvoirs au départ du Collège présidentiel, l’organisation hémisphérique jugeait utile de faire ce rappel à l’intention, sûrement, de certains leaders politiques. Dans un premier temps, en effet, certains imaginaient organiser une fronde en soutien à Fritz Alphonse Jean, Leslie Voltaire et compagnie qui pensaient doubler Alix Didier Fils-Aimé dans sa longue marche vers la gloire, alors même que celui-ci était déjà adoubé par la Maison Blanche, l’ONU et que les portes de la Villa d’Accueil et du Palais national étaient déjà grandes ouvertes pour l’accueillir sans aucune résistance. Et pour citer madame Régine Hadad, la Secrétaire générale de la présidence, ce samedi 7 février 2026, qui terminait son discours d’accueil au nouveau Premier ministre/Président Alix Didier Fils-Aimé par un : byenvini lakay ou ! (Bienvenu chez vous). Ce qui est tout de même révélateur.

En tout cas, ce lundi 9 février 2026, le communiqué de l’OEA tombait comme une réaffirmation de l’accession de l’occupant de la Primature en lieu et place du CPT en avançant même quelques pistes lui permettant de conduire cette Transition permanente.
« Le Secrétariat général de l’Organisation des États américains (OEA) affirme son engagement à soutenir le peuple de la République d’Haïti dans la prochaine phase de sa transition nationale vers un gouvernement élu, dans des conditions de sécurité améliorées. S’appuyant sur la Réunion consultative du 2 février et la Déclaration conjointe publiée le 4 février, et considérant que le 7 février 2026 a pris fin le mandat du Conseil Présidentiel de Transition, le Secrétariat général de l’OEA reconnaît que, conformément à la Constitution haïtienne, le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé et son cabinet dirigeront la courte période intérimaire, ciblée et clairement orientée. Cette période intérimaire sera axée sur l’amélioration de l’environnement sécuritaire et sur l’avancement des préparatifs en vue de la tenue d’élections nationales, conformément au calendrier publié. Le Secrétariat général de l’OEA apporte actuellement un soutien technique et financier, respectivement, à la Police nationale d’Haïti et à l’Office national d’identification. Les progrès en matière de sécurité demeurent au cœur de la trajectoire future d’Haïti. Les chefs de gangs et les personnes qui les soutiennent ne peuvent être autorisés à compromettre la stabilité et la sécurité nationales du pays. Le déploiement rapide et efficace de la Force de répression des gangs, conformément à la Résolution 2793 du Conseil de sécurité des Nations Unies, est essentiel au rétablissement de la sécurité. Nous réitérons qu’une approche dirigée par les Haïtiens et appropriée par les Haïtiens demeure fondamentale. Pour atteindre ces objectifs, nous réaffirmons la nécessité d’une consultation et d’un dialogue nationaux réguliers et structurés entre les Haïtiens, afin de favoriser l’unité et de créer un processus politique et de gouvernance stable et propice » indiquait le Secrétariat de l’OEA le 9 février 2029.
Entre le 7 et le 20 février 2026, il ne se passait rien de concret dans le processus. Or, l’on était à six mois du premier tour annoncé par les autorités électorales et le gouvernement. Pourtant, à cette date, beaucoup de choses auraient dû être mises en place. Par exemple, la distribution de ce qu’on appelle, en période électorale en Haïti, les matériels sensibles et non sensibles. Ce qui n’émeut pas pour autant un membre du Conseil électoral. A la presse qui l’interrogeait sur le retard pris dans le processus, il répondait calmement : « Oui, nous savons que les élections sont prévues dans environ six mois. Nous suivons actuellement le calendrier électoral. Le départ des membres du Conseil Présidentiel de Transition n’a rien changé dans l’exécution du calendrier électoral. Le 30 août prochain est maintenu pour la réalisation du premier tour des élections présidentielles et législatives. » Néanmoins, celui-ci reconnait que le temps fait la guerre au CEP dans la mesure où ce qui devait être en cours d’exécution n’avait toujours pas commencé. « Selon le calendrier électoral, l’institution électorale devrait être en train de procéder à l’accréditation des observateurs et des journalistes.
A l’acquisition et à la distribution de matériels sensibles et non-sensibles. Mais, rien de tout cela n’a encore commencé pour le moment. Nous n’avons pas encore commencé avec ces points, mais nous mettons les bouchées doubles » assura-t-il. Avant d’annoncer que, dans quelques jours, soit au cours de la première semaine du mois de mars, devrait être entamé le début de l’enregistrement des partis politiques au CEP. On avait aussi appris dans la foulée qu’à la fin du mois de février, devraient se ternir plusieurs rencontres avec les acteurs politiques afin de les tenir informés de ce qui sont déjà réalisés. « Au cours de ces rencontres qui se tiendront du 24 au 27 février, le CEP expliquera aux acteurs les défis et les avancées du processus. Ce sera un dialogue direct avec les acteurs et on en profitera pour rappeler la date de l’enregistrement des partis, groupements et regroupements de partis politiques » avançait un responsable du CEP. Le 26 février, s’ouvrait la première mésentente, certains disent de façade, entre le Conseil Électoral Provisoire et le nouveau Premier ministre/Président Alix Didier Fils-Aimé suite à la signature du Pacte national pour la stabilité et l’organisation des élections.
Un document signé entre le chef du gouvernement et une grande partie des formations politiques et de la Société civile dans le cadre de la Transition post-Conseil Présidentiel de Transition. Ce premier conflit est relatif à une modification du projet de décret électoral déjà proposé au gouvernement par le CEP et de quelques articles de la Constitution. En effet, selon les articles 12 et 14 du Pacte national pour la stabilité et l’organisation des élections, les signataires du Pacte autorisent le Premier ministre à modifier quelques points dans ledit décret électoral. « Les parties signataires conviennent de proposer, en cette période d’exception, un nombre limité de changements dans la loi mère sur la base de consensus dégagés dans la société, pour améliorer la gouvernance et garantir un fonctionnement harmonieux de l’appareil d’État. Ces changements seront obligatoirement soumis à la ratification populaire lors du premier tour des prochaines élections. En cas de vote favorable à ces changements, le Gouvernement intérimaire prendra des dispositions pour les rendre exécutoires. »
Une décision que ne digèrent point les membres de l’organisme électoral qui crient au scandale politique, viol de la Constitution et un accroc à l’indépendance et l’autonomie de l’institution électorale vis-à-vis du pouvoir politique. D’après un membre du CEP : « Ni l’arrêté nommant les membres du CEP, ni le décret électoral, ni le calendrier électoral en vigueur ne prévoient de changements dans la Constitution. Tant qu’il n’y aura pas un décret modifiant le décret électoral du 1er décembre 2025, nous avançons avec le calendrier électoral tel quel » expliquait celui-ci. Mais, face à ce combat perdu d’avance, l’institution électorale consent qu’elle n’y peut rien si les autorités politiques entendent porter des modifications dans la Constitution. « Il revient aux autorités de modifier notre mandat et le décret électoral en vigueur. » En effet, à l’impossible nul n’est tenu. Les membres du CEP ont fini par accepter la décision des politiques d’imposer du changement dans l’arrêté nommant les Conseillers électoraux. « Notre mandat ayant été modifié, nous n’avions plus à travailler sur un référendum depuis la modification de l’arrêté nommant le CEP. Notre mission consiste à organiser uniquement des élections générales dans le pays. »
(A suivre)
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