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Dan Diner, historien : « Le retour de l’impérialisme russe replace l’Allemagne au centre de l’Europe »

L’historien israélo-allemand explique, dans un entretien au « Monde », pourquoi la menace russe amène l’Allemagne à interroger son identité au sein du Vieux Continent, quatre-vingts ans après la fin de la guerre. Il évoque aussi les relations entre son pays natal et Israël.

Dan Diner, historien : « Le retour de l’impérialisme russe replace l’Allemagne au centre de l’Europe »
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Dan Diner est un historien israélo-allemand, spécialiste d’histoire moderne et d’histoire du XXe siècle, histoire juive et études sur le national-socialisme et la Shoah. Il a dirigé, de 1999 à 2014, l’Institut Simon-Dubnow pour l’histoire et la culture juives à l’université de Leipzig. Professeur émérite d’histoire moderne à l’Université hébraïque de Jérusalem, il a reçu, en 2025, le prix Sigmund Freud décerné par l’Académie allemande pour la langue et la littérature.

Vous êtes né en 1946, à Munich, dans une famille juive et avez grandi entre Israël et l’Allemagne…

C’est une histoire très complexe, mais pas inhabituelle. Mes parents étaient des juifs d’Europe orientale : ma mère, née sous l’Empire russe, a grandi dans la République de Lituanie et a été élevée dans une culture de langue yiddish et hébraïque ; mon père, né en Galicie orientale, sous la monarchie des Habsbourg, venait d’un milieu complètement polonisé. En juin 1941, ma mère eut la chance d’être évacuée par les Russes, tandis que mon père, soldat polonais, fut fait prisonnier et envoyé au goulag. Leurs familles furent presque anéanties : quand ils revinrent en Pologne, en 1944, il ne restait rien ni personne. Ils ont alors rejoint Munich, dans la zone d’occupation américaine, où je suis né. Leurs tentatives d’émigrer vers les Etats-Unis échouèrent. Nous avons vécu deux ans à Paris, dans une sorte d’attente, avant d’émigrer en Israël.

Puis vous êtes revenus en Allemagne. Que signifiait être juif en Allemagne au milieu des années 1950 ?

L’arrivée en Allemagne fut un choc. Imprégné de mon enfance israélienne et ne parlant que l’hébreu, je me suis retrouvé dans une classe remplie d’enfants blonds vêtus d’un pantalon en cuir, tandis que j’avais les cheveux foncés et l’air étranger. Il est peu à peu apparu que les différences étaient plus profondes : à l’approche de Pâques, par exemple, les parents de mes camarades me firent comprendre qu’il valait mieux que je me tienne à distance, surtout le Vendredi saint. De nombreux enseignants étaient des mutilés de guerre, certains se vantaient d’avoir abattu des bombardiers alliés en tant que pilote. Le professeur de biologie, incapable de maîtriser notre classe turbulente, nous menaça un jour, racontant qu’il avait tué cinq Russes au corps-à-corps à, Sébastopol, et qu’il saurait venir à bout de nous. On ne parlait pas de la Shoah, pas même dans notre famille, mais elle était dans l’air : une atmosphère sourde et pesante.

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