En pleine chaleur de l’été normand, au bord de la mer. Une femme avec des lunettes de soleil lit Annie Ernaux dans une chaise longue. La marée change sur ses verres. À côté d’elle, un vieux loup de mer bronzé est plongé dans un volume de la série Miss Marple d’Agatha Christie en traduction française, tandis qu’un petit nageur est penché sur une bande dessinée, la serviette remontée jusqu’à ses oreilles dégoulinantes. Ils fréquentent une grande cabane de bois qui étend son ombre bienveillante sur leur lecture et porte les mots “Lire à la plage” sur les côtés.

L’opération “Lire à la plage” a lieu tous les ans pendant ces longs mois d’été, que l’on appelle les “grandes vacances”*. Douze bibliothèques du département de la Seine-Maritime*, quel nom lyrique, font leur apparition au bord de la mer, comme des phares le long de la côte du Havre à Dieppe. Leur toit en pente était jadis orange et les chaises longues rouge vif, mais leur livrée est désormais turquoise et blanc. Chacune met à disposition des lecteurs plus de 1 000 publications, ainsi qu’un bibliothécaire pour encourager et conseiller. Il n’y a qu’une règle, que tout le monde respecte scrupuleusement : aucun volume ne doit quitter la plage.

Je suis tombée sur cette scène surprenante à Sainte-Adresse, près du Havre, une sympat