Construction géodésique blanche qui ressemble à une balle de golf géante coupée en deux”, hérissée de 316 hexagones et pentagones de béton, serti de trois projecteurs et d’un écran incurvé, et “posée au milieu” de Los Angeles en 1963, le Cinerama Dome “n’a rien de comparable au monde”, rappelle The Guardian. Mais depuis qu’il a fermé ses portes en 2020, en pleine pandémie, il était “devenu le triste vestige d’une époque plus faste pour le cinéma”.

Cet été, cependant, les cinéphiles angelenos et les amateurs d’architecture ont enfin pu se réjouir puisque Sony Pictures a annoncé en juillet la réouverture de ce bâtiment classé monument historique en 1998, après l’avoir racheté à ses anciens propriétaires, la société Decurion.

La salle unique de 956 fauteuils rouvrira en 2028, exploitée par la chaîne Alamo Drafthouse, rachetée par Sony Pictures en 2024. Au grand bonheur des cinéphiles, l’écran courbe et le nom d’origine seront conservés, et on y servira des confiseries classiques plutôt que des plats à table, principe controversé des salles Alamo.

Succès au box-office

Le Dome n’est pas un cas isolé, et The Guardian recense un véritable mouvement de sauvetage des salles de Los Angeles : le Village de Westwood, construit en 1930 et fermé en 2024, rouvrira en 2027 après son rachat par un collectif de cinéastes où figurent Steven Spielberg, Guillermo del Toro et Jason Reitman ; le Bruin voisin est attendu cet automne ; Kristen Stewart, elle, a acquis une salle centenaire de Highland Park. La ville, observe la critique du Los Angeles Times Amy Nicholson, soutient ses salles “comme d’autres soutiennent une équipe de base-ball”.

Cela intervient dans “un contexte de bonnes nouvelles pour l’industrie cinématographique”, souligne le quotidien britannique : entre “les succès phénoménaux de blockbusters” comme L’Odyssée et ceux “de films à petit budget” comme Obsession ou Backrooms, “les salles de cinéma connaissent leur meilleure année depuis avant la pandémie”.

Le box-office estival a franchi la barre des 4 milliards de dollars pour la deuxième fois seulement depuis 2020 (la précédente était due au “phénomène Barbenheimer”) et cette fois-ci, ce cap a été atteint plusieurs semaines plus tôt. Selon Variety, les recettes devraient atteindre 10 milliards de dollars pour l’année, une première depuis le Covid.

Difficultés à boucler les financements

“L’été a été formidable, et tous les cinéphiles comme tous les dirigeants se réjouissent que les gens ne soient pas restés cloîtrés chez eux”, a déclaré au Guardian Jason Squire, animateur du podcast Movie Business et professeur de cinéma à l’Université de Californie du Sud. “Tous les deux ans environ, on entend parler de la disparition imminente des salles de cinéma, mais c’est tout simplement infondé.”

Ces bonnes nouvelles au box-office s’accompagnent cependant d’un “certain paradoxe” : si l’année est “faste pour les cinéphiles”, la situation reste “difficile pour les réalisateurs”, qui ont du mal à boucler leurs financements avec des studios “réticents à prendre des risques”.

Malgré les difficultés que rencontre l’industrie”, conclut le correspondant local du journal britannique, “Los Angeles reste une ville de cinéphiles où le public est bel et bien présent”,