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Géopolitique

Deux tubes pour un même gaz : la guerre des tracés sahéliens

Fin août 2026, l’Algérie a envoyé ses chasseurs au Niger, rompant avec une doctrine de non-intervention vieille de soixante ans, pour protéger un projet gazier vital : deux gazoducs rivaux, l’un terrestre porté par Alger, l’autre atlantique porté par Rabat, se disputent l’acheminement

Fin août 2026, l’Algérie a envoyé ses chasseurs au Niger, rompant avec une doctrine de non-intervention vieille de soixante ans, pour protéger un projet gazier vital : deux gazoducs rivaux, l’un terrestre porté par Alger, l’autre atlantique porté par Rabat, se disputent l’acheminement du gaz nigérian vers l’Europe.

Compagnies nationales, majors pétroliers, banques de développement et fonds du Golfe : la carte des acteurs économiques révèle deux stratégies opposées, et c’est tout le Sahel qui se recompose autour de ce choix de tracé.

Le 30 août 2026, quatre chasseurs Su-30 de l’armée de l’air algérienne se posent sur le tarmac de Niamey. Les accompagnent un ravitailleur Iliouchine Il-78 et un avion de transport Il-76 chargé d’hélicoptères. La scène, en apparence banale pour une puissance régionale, ne l’est pas du tout. Depuis son indépendance en 1962, l’Algérie s’était tenue à une règle qu’elle n’avait jamais transgressée : ne pas projeter ses forces hors de son territoire. Doctrine de non-alignement, souveraineté ombrageuse, mémoire d’une guerre de libération qui avait fait de la non-ingérence un principe presque sacré. Et voilà que cette armée, en une matinée, envoie son aviation de chasse soutenir un régime étranger.

Le régime en question ajoute au paradoxe. Le général Abdourahamane Tiani dirige le Niger depuis le coup d’État du 26 juillet 2023, celui qui renversa le président Mohamed Bazoum et chassa la France du pays. À l’époque, Alger avait condamné ce putsch sans ménagement, y voyant une contagion dangereuse à ses frontières sud. Trois ans plus tard, le voici qui vole au secours du putschiste. Entre-temps, une tentative de contre-coup d’État, les 28 et 29 août 2026, a menacé Tiani ; l’Algérie a répondu par les armes. Comment expliquer un tel renversement ? La réponse tient dans une carte, et sur cette carte, dans deux lignes qui traversent le Sahara.

Un basculement qui vient de loin

Ces deux lignes sont deux gazoducs, et ils transportent le même gaz : celui du Nigeria, qui détient les plus vastes réserves du continent africain, estimées à plus de 210 trillions de pieds cubes. Depuis des décennies, la question est de savoir comment acheminer cette manne vers l’Europe, marché solvable et, depuis la rupture avec Moscou, avide de fournisseurs de substitution. Deux réponses géographiques s’opposent. La première fait remonter le gaz par voie terrestre à travers le Sahara jusqu’à l’Algérie. La seconde le fait descendre le long de la côte atlantique jusqu’au Maroc. Terre contre mer. Alger contre Rabat. C’est toute la géopolitique du Sahel qui se joue dans cette alternative.

« Terre contre mer. Alger contre Rabat : c’est toute la géopolitique du Sahel qui se joue dans cette alternative. »

Pour l’Algérie, le projet terrestre porte un nom : le Trans-Saharan Gas Pipeline, le TSGP, parfois appelé NIGAL. L’idée date des années 1980, l’accord intergouvernemental de 2009, mais le chantier a dormi pendant près de vingt ans, prisonnier de l’instabilité sahélienne et des rivalités diplomatiques. Le coup d’État de 2023 au Niger, en jetant un froid entre Niamey et Alger, avait paru l’enterrer une fois de plus. C’est le dégel qui change tout. En novembre 2025, Tiani adresse à Tebboune un message de félicitations pour la fête de la Révolution algérienne. En janvier 2026, le ministre algérien de l’Énergie Mohamed Arkab se rend à Niamey avec le patron de Sonatrach. Le 16 février, Tiani est reçu à Alger : les deux hommes annoncent ensemble la relance du gazoduc et une coopération sécuritaire renforcée. Les deux dossiers, désormais, ne font qu’un.

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