Le Canada a annoncé, mardi 25 août, l’entrée en vigueur, à partir du 8 septembre, de surtaxes douanières de 15 % à 50 % sur une série de produits américains, ainsi que le déblocage de 4,6 milliards d’euros pour soutenir les secteurs durement affectés par la guerre commerciale qui s’envenime entre les deux voisins, jadis proches alliés.
Ces surtaxes, dont le premier ministre canadien, Mark Carney, avait annoncé, samedi, les grandes lignes, toucheront l’acier, les produits laitiers, mais aussi le matériel agricole, l’industrie du papier, l’électronique et les appareils électroménagers. Leur montant correspondra « au dollar près » à celui des surtaxes américaines touchant le Canada.
Le Canada est « uni dans sa réponse » face à ce « défi sans précédent », a déclaré, mardi, le ministre des finances, François-Philippe Champagne.
La riposte du Canada fait suite à l’imposition, par l’administration Trump, de droits de douane de 50 % sur les produits canadiens au cours du week-end, après l’échec des négociations commerciales. Mark Carney a accusé Washington de tenter de soumettre le Canada et a déclaré que les exigences américaines lors des pourparlers infructueux démontraient que les Américains voulaient « détruire nos principales industries ».
« Ces derniers jours, les Etats-Unis ont proposé de nouvelles conditions qui ne servaient pas l’intérêt du Canada ; des mesures qui en demandaient trop au Canada et qui lui offraient trop peu en retour. Le Canada a donc suspendu les négociations, plutôt que d’accepter une mauvaise entente qui nuirait aux travailleurs, aux entreprises, aux secteurs stratégiques et aux intérêts du Canada. Le Canada n’a pas choisi ce conflit commercial », peut-on lire dans le communiqué canadien publié mardi.
Une aide du gouvernement pour soutenir les secteurs affectés
Le gouvernement canadien a également dévoilé, mardi, des mesures de soutien pour les secteurs durement touchés par les droits de douane américains, lors d’une conférence de presse réunissant plusieurs ministres. Une enveloppe totale de 7,5 milliards de dollars canadiens (4,6 milliards d’euros) sera débloquée pour soutenir la trésorerie des entreprises, renforcer les indemnisations chômage et créer un « fonds de diversification pour un Canada fort » qui aidera les secteurs affectés à trouver de nouveaux marchés à l’export.
Washington applique depuis samedi des surtaxes punitives touchant un total de 20 milliards de dollars (12,38 milliards d’euros) de produits canadiens importés, parmi lesquels figurent notamment le ciment, les alcools ou encore les crosses de hockey. Prévues initialement pour le 19 août, ces surtaxes américaines avaient été reportées de trois jours par Donald Trump, alors qu’un accord semblait proche entre les deux pays.
Le gouvernement canadien a notamment justifié sa décision, vendredi, de rompre les négociations par les conditions posées par Washington sur la langue française, sujet politiquement sensible dans ce pays officiellement bilingue. Selon Ottawa, le projet d’accord aurait touché les subventions à la culture francophone, la place des médias francophones en ligne et l’obligation d’étiquetage bilingue des produits vendus au Canada.
Lundi, Mark Carney a répété que son pays n’accepterait pas un accord commercial avec Washington « à n’importe quel prix ». « Nous sommes prêts », car « nous avons tout ce dont nous avons besoin ici » au Canada, a-t-il affirmé, en référence notamment aux richesses du sous-sol du pays (pétrole, minéraux critiques…).