Chaque fois qu’on le croit enrayé, le mal, à la surprise générale, renaît de ses cendres. Il en est toujours ainsi depuis sa découverte, en 1976. Le virus Ebola, puisque c’est de lui qu’il s’agit, refait surface, provoquant un branle-bas mondial.

Une épidémie de portée internationale

À la date du 17 mai, plus de 350 cas suspects d’Ebola ont déjà été enregistrés, avec 91 décès probables, rapporte la presse congolaise. Lors d’un point presse, le ministre de la Santé publique de la RDC, Samuel Roger Kamba, a précisé que 59 malades d’Ebola sont actuellement pris en charge dans différentes structures sanitaires de Bunia et de Mongwalu, considérés comme les principaux épicentres de cette nouvelle épidémie, , indique Radio Okapi. Ces deux localités sont situées dans la province du nord-est de l’Ituri.

Selon l’OMS, l’épidémie actuelle est due à la maladie à virus Bundibugyo (BVD), une forme rare de la maladie à virus Ebola pour laquelle il n’existe aucun traitement ni vaccin homologué. Si plus de 20 épidémies d’Ebola ont sévi en RDC et en Ouganda, il s’agit seulement du troisième cas de BVD signalé.

L’OMS a déclaré que la 17e épidémie d’Ebola est désormais une urgence régionale, “de portée internationale”. Les pays frontaliers retiennent leur souffle. À cette heure, indique Al-Jazeera, tous les cas ont été diagnostiqués en RDC, sauf deux signalés en Ouganda voisin. Selon The Standard, ce pays est en état d’alerte maximale après le décès, le 11 mai à Kampala, d’un Congolais qui avait contracté le virus dans son pays. Le Kenya, de son côté, a renforcé la surveillance de ses frontières avec la RDC et l’Ouganda, rapporte le média kényan Citizen Digital. Les contrôles ont été intensifiés dans les aéroports, aux points de passage frontaliers et autres points d’entrée.

Encore une fois, c’est en République démocratique du Congo (RDC), d’où il tire sa source, que de nouveaux cas ont été signalés, avec à la clé plusieurs cadavres laissés sur le carreau [plus 90 morts étaient signalés le 18 mai]. Et, prenant toute la mesure de la situation, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a déclaré une urgence de santé publique de portée internationale. Il s’agit de son deuxième niveau d’alerte le plus élevé face à l’épidémie d’Ebola qui frappe de plein fouet la RDC. Vous avez bien compris.

Alors même que la RDC n’en a pas encore fini avec ses spasmes sociopolitiques sur fond de crise sécuritaire sans précédent, le pays fait désormais face à une très grave épidémie qui tue et ravage tout sur son passage. Entre 2018 et 2020, le pays de Félix Tshisekedi avait payé un lourd tribut à Ebola, qui avait coûté la vie à près de 2 300 personnes [pour 3 500 malades]. C’est dire donc s’il y a urgence à agir pendant qu’il est encore temps. Car, plus tard, ce serait trop tard, surtout quand on sait qu’Ebola se propage aussi rapidement que l’air.

Des mécanismes de prévention fragiles

C’est en cela qu’il faut saluer la prompte réaction de l’OMS, qui, sans plus attendre, et dans le souci de circonscrire le mal, a dépêché des experts en épidémiologie en RDC. Cela permettra, on l’espère, de renforcer la riposte en première ligne dans un pays comme la RDC, qui semble dépassée par les événements.

En tout cas, l’Afrique, comme on le sait, retient son souffle ; elle dont les mécanismes de prévention demeurent, pour le moins, fragiles. Le mieux, en pareille circonstance, c’est de prendre les devants en adoptant des mesures hardies à même de briser la chaîne de contamination d’Ebola, connu pour être un mal qui répand la terreur.

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Le péril est d’autant plus grand qu’Ebola signe son retour au moment où une autre épidémie se signale. Il s’agit du hantavirus, qui, à son actif, a déjà fait plusieurs victimes à travers le monde. Bien des pays africains étaient en train de se préparer à faire face à cette zoonose. Et voilà qu’Ebola vient rebattre toutes les cartes.

D’où la nécessité pour tous les pays, notamment africains, de disposer de plans de riposte à même de faire face à toute situation. Il ne faut surtout pas réagir au cas par cas. Car les épidémies sont ainsi faites qu’elles ne préviennent pas. Elles peuvent surgir n’importe où et à n’importe quel moment. Cela dit, l’urgence, pour le moment, est de voler au secours de la RDC, que l’on sait pauvre de ses malheurs et riche de ses ressources naturelles.

Les financements doivent suivre

Face à l’alerte, il y a urgence à agir. Il y va de l’intérêt de tous, ce d’autant que la souche qui sévit actuellement résiste aux différents types de vaccins qui ont été mis au point. Ebola ressurgit dans un contexte de guerre, avec son lot de déplacés potentiellement dangereux pour les pays voisins, notamment l’Ouganda, où un cas a déjà été signalé.

Le mal doit être vite circonscrit. C’est dire si, dans le même temps, c’est un nouveau défi qui vient d’être lancé à la communauté scientifique, qui doit mettre un point d’honneur à trouver un remède durable à Ebola.

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Mais la seule volonté ne suffit pas si les financements ne suivent pas. Or les financements, on le sait, posent problème depuis que les États-Unis de Donald Trump, en tant que gros contributeur financier, ont décidé de se retirer de l’OMS. C’est la Chine qui fait du mieux qu’elle peut pour permettre à l’institution sanitaire internationale de tenir le coup. Toutefois, la RDC disposant de terres rares très convoitées par les États-Unis, il n’est pas exclu que Donald Trump change son fusil d’épaule en volant au secours de son homologue, Félix Tshisekedi, à la peine.