Le vent serait-il en train de tourner pour Vladimir Poutine ? Depuis quelques semaines, la recrudescence des frappes ukrainiennes (qui ont atteint un nombre record en juin) sur le territoire russe a mis en avant la vulnérabilité des forces de défense du pays, largement commentée dans la presse étrangère. Des drones qui ciblent les infrastructures pétrolières et gazières de la Russie mais aussi les ponts et les routes qui relient la presqu’île de la Crimée au continent. Tout un symbole.

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En ciblant les raffineries, les Ukrainiens ont aussi et surtout remis la guerre au cœur du quotidien des Russes. “Dans un pays que l’on surnommait encore récemment la ‘station-service’, l’essence vient à manquer”, relève le journal indépendant Novaïa Gazeta. Face aux images de file d’attente interminables et de stations-service à sec, le président russe a dû se fendre d’une intervention télévisée et reconnaître que ces frappes “créent des problèmes”. Du jamais-vu, et un aveu qui traduit sans doute quelque chose de plus profond.

C’est ce que nous tentons de décrypter dans notre dossier cette semaine avec notamment deux articles passionnants parus dans les médias russes indépendants Meduza et The New Times. Dans le premier, le politologue Alexandre Baounov revient sur les signes de mécontentement croissant apparus dans la société russe : “En Russie, écrit-il, l’atmosphère a changé. Elle est plus trouble, plus opaque. En tout lieu, sur les réseaux sociaux, dans les conversations de part et d’autre de la frontière, les messages prennent une tournure toujours moins élégante.” Et de décrire le doute qui s’installe chez les laudateurs du Kremlin, le changement de regard sur l’armée… “Le sortilège Poutine s’effrite. Le président russe règne toujours sans partage, mais la magie n’y est plus. Le vrai visage du leader commence à transparaître : celui d’un homme vieillot, voûté, agité, presque chétif dans son deux-pièces qu’il ne remplit plus, rien à voir avec le Poutine d’avant-guerre avec son torse nu et son étalon noir.”

Ce qui a fait basculer les choses selon lui ? La reprise en main d’Internet au printemps 2026. “En imposant l’application de messagerie Max à la place des moyens de communication habituels, en forçant les limites de la vie privée, en s’immisçant dans ces microsociétés que composent collègues, voisins et parents, l’État a littéralement déclenché une ‘opération spéciale‘ intra-muros.” Le contrat social a été brisé, explique l’auteur, et le masque est tombé. Un texte à lire absolument pour mieux comprendre la mécanique des sociétés autoritaires.

À lire aussi, l’article de l’éditorialiste Andreï Kolesnikov paru dans le New Times, qui éclaire la logique qui anime le président russe. Une chronique subtile sur l’art de se maintenir au pouvoir grâce à une stratégie… de l’impasse.

“Le temps travaille-t-il contre Poutine ? Dans l’univers poutinien, la mesure du temps n’est pas la même – le temps tourne en rond, ‘suivant le plan’ [lieu commun de la langue du Kremlin], explique l’auteur. Il ne se presse pas, il est insensible à l’épuisement des ressources démographiques, financières et psychologiques du pays. L’impasse ? Elle est la condition même de l’existence du régime : si l’on ne sait pas comment sortir de l’impasse, il faut prolonger et aggraver la situation, évoluer dans l’impasse pendant des années, suivant ce fameux ‘plan’.”

Un dossier en profondeur sur la société russe que nous avons choisi de maintenir malgré une actualité particulièrement chargée cette semaine. Au Venezuela, les deux séismes qui ont frappé le nord du pays pourraient avoir fait des milliers de morts, explique dans une interview à Courrier international Victor Amaya, directeur du journal indépendant Tal Cual. Dans ce numéro, nous publions un reportage d’El País América à La Guaira, une des zones les plus touchées par la catastrophe, où les habitants ont tenté désespérément pendant des jours d’extraire les survivants des décombres.

Enfin, après une semaine dantesque, la presse étrangère n’en finit plus de s’étonner de l’impréparation française (et européenne) face aux épisodes caniculaires répétés. En témoigne une journaliste américaine qui, après une vaine tentative de fuite en Normandie, où elle a dû rester confinée, constate dans The Christian Science Monitor : “Il fait chaud. Ça ne va pas s’arranger. Et il n’y a nulle part où aller.”

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