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En Sierra Leone, les habitants des bidonvilles piégés par la montée de l’océan : « On est encerclés par la mer et par des torrents de pluie et d’eaux usées »
Par Paul Boyer (Freetown [Sierra Leone], envoyé spécial) et Pierre Terraz (Freetown [Sierra Leone], photographe)ReportageA Freetown, les précipitations et les marées transforment les quartiers proches de l’océan en vastes zones inondables. Faute d’équipements, des dizaines de milliers d’habitants vivent dangereusement au rythme des crues.
Dans la pièce exiguë où il vit, Joseph Amara a les pieds dans l’eau. Toutes les heures, inlassablement, il écope à l’aide d’une bassine en plastique la pluie qui pénètre par le toit en tôle et inonde le taudis. Le 10 juillet, au cœur de la saison des moussons, la cadence devient parfois impossible à tenir, surtout lorsque l’océan Atlantique, juste en face, s’infiltre lui aussi. L’homme de 38 ans a encore subi une violente inondation il y a trois mois, en mai, durant laquelle il a perdu sa télévision et un réfrigérateur pourtant soigneusement surélevé sur une palette en bois. Ce jour-là, la mer est montée trop haut, jusqu’à 50 mètres derrière chez lui – la faute à une combinaison de fort coefficient de marée et de violentes averses.
Habitant de Kroo Bay, un bidonville en ferraille rouillée s’étalant jusqu’à l’océan en contrebas de la ville de Freetown, elle-même perchée sur une colline, Joseph Amara a dû évacuer sa femme et ses trois enfants dès le début de la saison des pluies. Celle-ci court de mai à octobre chaque année, avec des précipitations torrentielles observées en juillet et en août. « Ils ne peuvent pas rester à la maison à cette période, c’est trop dangereux. On est encerclés par la mer qui monte et par des torrents de pluies et d’eaux usées qui descendent de la capitale pour se déverser sur nous », résume, dépité, le père de famille.
La zone est progressivement devenue un quartier informel après l’indépendance obtenue en 1961. Les baraques en tôle ont toutes été construites depuis les années 1990 sans normes de sécurité ni accord du gouvernement. Selon les estimations, entre 20 000 et 40 000 personnes s’entassent désormais au cœur de ce quartier, sur une superficie de 13 hectares. Chaque jour, elles doivent faire face aux conséquences d’une météo extrême et d’une situation géographique défavorable.
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