L’ancien premier ministre thaïlandais Thaksin Shinawatra va-t-il replonger en politique ? La question se pose alors que cette figure incontournable du pays doit sortir de prison, lundi 11 mai. Le milliardaire de 76 ans, qui a fait fortune dans les télécommunications, purge depuis septembre une peine d’un an de prison pour corruption. Il devra porter un bracelet électronique pendant sa période de probation de quatre mois.
La famille Shinawatra, avec son parti Pheu Thai et ses précédentes incarnations, a dominé la vie politique thaïlandaise pendant une vingtaine d’années. Soutenue par les populations rurales, elle a longtemps été l’ennemie jurée de l’élite favorable à l’armée et au pouvoir royal, qui considérait son populisme comme une menace pour l’ordre social traditionnel.
Thaksin Shinawatra a été premier ministre de 2001 à 2006, avant d’être renversé par un coup d’Etat militaire et de partir en exil pendant une quinzaine d’années. Sa sœur cadette, Yingluck, a été première ministre de 2011 à 2014 avant d’être également évincée par l’armée, et sa fille, Paetongtarn, a été destituée en août 2025 après seulement un an à ce poste.
Défaite électorale
Le Pheu Thai a enregistré en février le pire résultat électoral de son histoire lors des législatives, tombant à la troisième place et soulevant des interrogations sur l’avenir de la dynastie politique de Thaksin. Son inclusion dans la coalition gouvernementale du premier ministre conservateur, Anutin Charnvirakul, laisse toutefois ouverte la possibilité d’un retour au premier plan de la formation populiste.
La libération de Thaksin « renforcera le Pheu Thai à court terme car les gens auront le sentiment que son patron est de retour », analyse Wanwichit Boonprong, maître de conférences en sciences politiques à l’université de Rangsit.
L’administration pénitentiaire avait annoncé fin avril la libération conditionnelle de l’ancien premier ministre, justifiant cette mesure de clémence par son âge avancé et le fait qu’il lui restait moins d’un an de détention à effectuer.
Traitement de faveur
A son retour d’exil en 2023, Thaksin avait été condamné à huit ans d’emprisonnement pour corruption et abus de pouvoir, une peine réduite à un an par une grâce royale. Mais au lieu d’être incarcéré, l’influent milliardaire avait été transféré dans une chambre privée d’hôpital et avait bénéficié d’un programme de libération anticipée pour les prisonniers âgés.
Son transfert médical, qui coïncidait avec la formation d’un nouveau gouvernement dominé par son parti Pheu Thai, avait nourri les soupçons d’un traitement de faveur. Une enquête avait été ouverte et la Cour suprême avait jugé en septembre 2025 que Thaksin ne souffrait pas d’une affection critique et qu’il n’avait pas correctement purgé sa peine de prison.
Désormais libéré, le septuagénaire a la possibilité de revenir sur le devant de la scène. « Si Thaksin ne se met pas en retrait (…) et montre qu’il peut encore téléguider le Pheu Thai, ça ne sera pas bon pour le parti » à long terme, estime néanmoins l’analyste Wanwichit Boonprong.
Le neveu de Thaksin, Yodchanan Wongsawat, a conduit le Pheu Thai lors des dernières élections et occupe aujourd’hui un poste ministériel dans le gouvernement de coalition.