José Luis Zapatero, premier ministre socialiste de l’Espagne de 2004 à 2011, est visé par une enquête pour trafic d’influence dans l’affaire du sauvetage public de la compagnie aérienne Plus Ultra, liée au Venezuela, pendant la pandémie de Covid-19, a annoncé, mardi 19 mai, la justice espagnole.
Le tribunal de l’Audience nationale, spécialisé dans les affaires sensibles, a expliqué qu’il convoquait l’ancien chef du gouvernement le 2 juin afin de l’entendre sur « le sauvetage de la compagnie aérienne Plus Ultra », renflouée grâce à un prêt de 53 millions d’euros d’argent public en mars 2021. C’est une première dans le pays pour une personne ayant exercé les fonctions de premier ministre.
Des perquisitions ont été menées dans les bureaux de M. Zapatero et de trois autres sociétés, a déclaré le tribunal. Il s’agit des entreprises de ses filles, selon les médias espagnols. Le siège de la compagnie Plus Ultra se trouve à Madrid, mais l’entreprise compte parmi ses principaux actionnaires des hommes d’affaires vénézuéliens, présentés par l’opposition de droite comme des proches du régime du président vénézuélien déchu, Nicolas Maduro.
Opposition de droite
Plus Ultra, poids plume du ciel espagnol, ne desservait, en 2021 que l’Equateur, le Pérou et le Venezuela, avec quatre Airbus A-340. La compagnie avait pourtant bénéficié de ce prêt d’urgence accordé par le gouvernement du socialiste Pedro Sanchez, grâce à un fonds spécial de 10 milliards d’euros destiné au sauvetage d’entreprises « stratégiques » mises en difficulté par la pandémie.
Selon le quotidien El Pais, qui cite des sources proches des investigations, les enquêteurs s’intéressent à une société de conseil appartenant à un proche de M. Zapatero. Celle-ci aurait servi de relais financier pour verser des commissions occultes.
Le sauvetage de Plus Ultra avait outré l’opposition de droite : soulignant que l’entreprise était liée au Venezuela, elle avait aussi pointé que le ministre espagnol des transports de l’époque, José Luis Abalos, avait rencontré à Madrid en janvier 2020 la numéro deux du gouvernement vénézuélien, Delcy Rodriguez, alors interdite d’entrée dans l’Union européenne, et qui a depuis succédé à Nicolas Maduro.
Comme plusieurs autres proches de l’actuel premier ministre socialiste, Pedro Sanchez, José Luis Abalos est lui-même au cœur d’autres enquêtes judiciaires, dont l’une lui a récemment valu de comparaître notamment pour corruption à Madrid, dans un procès dont il attend le verdict.
Défaite électorale en Andalousie
Mardi, la nouvelle de la mise en cause de M. Zapatero a suscité de nouvelles réactions du Parti populaire (PP, droite conservatrice) qui en a profité pour, de nouveau, cibler directement l’actuel chef de gouvernement.
« Zapatero est la muse du “sanchisme” et cette muse est poursuivie par l’Audience nationale », a fustigé le PP dans des déclarations envoyées à la presse : « Le principe qui lie les deux derniers présidents du gouvernement d’Espagne issus du Parti socialiste [PSOE], c’est la corruption. Tous deux ont utilisé leur famille pour s’enrichir et tous deux ont dégradé l’institution qu’ils représentent ou ont représentée. »
La nouvelle des poursuites visant M. Zapatero survient au surlendemain d’une nouvelle défaite électorale pour le PSOE, en Andalousie, région la plus peuplée d’Espagne, où la droite l’a emporté tout en ne parvenant pas à conserver sa majorité absolue.
Plusieurs proches de M. Sanchez, outre José Luis Abalos, sont visés par des enquêtes judiciaires, dont son frère David, prochainement jugé pour trafic d’influence, ou son épouse Begoña Gomez, qui pourrait comparaître pour corruption.
Aucun chef de gouvernement ou ancien chef n’avait jusqu’ici été poursuivi en Espagne, même si plusieurs d’entre eux, dont Pedro Sanchez, mais aussi son prédécesseur du PP, Mariano Rajoy, ou José Maria Aznar (PP également) ont déjà été convoqués pour être entendus lors d’enquêtes judiciaires ou même de procès.