La première des deux demi-finales du concours de l’Eurovision, ébranlé cette année par le plus important boycott de ses soixante-dix ans d’histoire, lié à la présence d’Israël, se tient ce mardi soir à partir de 21 heures. Voici quatre questions pour comprendre les enjeux, mêlant musique et géopolitique, de cette édition 2026.
Comment va se dérouler le concours jusqu’à la finale ?
La demi-finale démarre à 21 heures avec, outre Israël, le Monténégro, l’Estonie, la Géorgie, le Portugal, Saint-Marin, la Croatie, la Suède, la Pologne, la Belgique, la Lituanie, la Serbie, la Finlande, la Moldavie et la Grèce.
Lors de la seconde demi-finale, le 14 mai, l’Albanie, le Danemark, l’Arménie, la Roumanie, Chypre, la Suisse, la Norvège, l’Azerbaïdjan, le Luxembourg, Malte, la Bulgarie, l’Australie, l’Ukraine, la République tchèque et la Lettonie tenteront leur chance.
Les points des jurys seront combinés aux résultats d’un vote du public, pour déterminer les dix chansons qualifiées lors de chaque demi-finale.
Ces 20 chansons rejoindront les titres présélectionnés de l’Autriche, gagnante de l’année dernière à Bâle, en Suisse, et qualifiée d’office pour la finale samedi. La France, l’Allemagne, l’Italie et le Royaume-Uni sont aussi automatiquement qualifiés en finale, en raison de leur statut de principaux contributeurs financiers.
Supprimés en 2022, les jurys professionnels feront leur retour en demi-finales avec des panels élargis et plus diversifiés, comprenant notamment de jeunes jurés âgés de 18 à 25 ans.
A noter que pour rendre la musique accessible aux spectateurs malentendants, des gilets vibrants leur seront fournis, ce qui leur permettra de ressentir le son à travers leur peau.
Comment se manifeste l’opposition à la présence d’Israël ?
Les groupes audiovisuels publics de l’Espagne, de l’Irlande et de la Slovénie ont annoncé qu’ils ne diffuseront pas le concours. Ces trois pays ont d’ailleurs décidé de ne pas envoyer de candidat en raison de la présence d’Israël. Tout comme l’Islande et les Pays-Bas, qui en revanche diffuseront l’événement auquel 35 pays au total prennent part.
« Au lieu du cirque de l’Eurovision, le programme sera placé sous le signe de la série thématique Voix de Palestine », a déclaré le groupe audiovisuel slovène RTV, dimanche, dans un communiqué. De son côté, l’espagnol RTVE va programmer un événement musical distinct, pour fêter les 70 ans de la télévision espagnole, « sept décennies durant lesquelles des millions de chansons de milliers d’artistes ont été diffusées ».
Des militants propalestiniens ont par ailleurs prévu de protester mardi après-midi en déposant des cercueils dans le centre de la capitale autrichienne. Dans un communiqué, ils ont regretté que, « malgré ses crimes, Israël ait l’opportunité d’être célébré cette semaine à Vienne comme une nation arc-en-ciel démocratique et pacifique ».
En plus d’Amnesty International, plus d’un millier d’artistes ont également appelé au boycott, parmi lesquels Peter Gabriel, l’ex-membre des Pink Floyd Roger Waters, le groupe britannique Massive Attack, le musicien et producteur Brian Eno, le rappeur Macklemore ou le trio nord-irlandais Kneecap… Dans une lettre publiée sur le site du mouvement No Music for Genocide, ils s’opposent à ce que « l’Eurovision serve à blanchir et à normaliser le génocide, le siège et l’occupation militaire brutale exercés par Israël à l’encontre des Palestiniens ».
Amichai Chikli, le ministre israélien des affaires étrangères, s’est pour sa part inquiété dans un communiqué d’une « forte poussée, coordonnée, de discours antisémites et anti-israéliens autour de l’Eurovision 2026 ».
« J’ai donné instruction d’élargir la surveillance et les alertes en temps réel, et de travailler de concert avec les autorités compétentes et nos partenaires à travers le monde afin de protéger les citoyens israéliens et les communautés juives », a-t-il ajouté.
Qui sont les favoris ?
Malgré ce contexte tendu, le candidat israélien Noam Bettan figure tout de même parmi les favoris. Sa vidéo officielle, en hébreu, en français et en anglais, a été vue 3,4 millions de fois sur la chaîne YouTube officielle de l’Eurovision, une performance bien au-dessus de la moyenne.
La Finlande et la Grèce comptent aussi parmi les favoris cette année. Akylas Mytilineos, le candidat envoyé par Athènes, 27 ans, a déjà ému le public par son histoire, racontée dans les médias. Il a ainsi dû faire de la musique dans la rue pour payer ses factures. Il se définit comme queer et sa chanson, Ferto (soit « ramène ça »), est un morceau électropop sur la cupidité et la quête de richesse matérielle.
Linda Lampenius et Pete Parkkonen, les candidats de la Finlande, figurent aussi parmi les chouchous des parieurs. Ce duo composé d’une violoniste de 56 ans et d’un chanteur de 36 ans propose le titre Liekinheitin (« lance-flammes »), interprété en finnois. Le Danemark et l’Australie ont également leurs chances, selon les parieurs.
Quid de la candidate française ?
Chanteuse lyrique de 17 ans, la représentante de la France à l’Eurovision se prénomme Monroe. Née en 2008 à Salt Lake City (Utah), élevée dans la religion mormone, d’un père américain et d’une mère française, l’artiste aux innombrables tresses blondes espère captiver le public sur la scène de Vienne avec son opéra pop Regarde !. Sa chanson, avec son clip aux allures de comédie musicale – dont une autre version a été tournée au château de Versailles –, figure aussi en bonne place des choix des parieurs.