Les champions du climat n’ont pas de quoi célébrer. Les peuples autochtones sont les “grands gardiens de la nature, une bibliothèque vivante de la préservation de la biodiversité et des champions de l’action climatique”, déclarait, lors de l’Instance permanente des Nations unies sur les questions autochtones, le secrétaire général de l’ONU, le 20 avril. Leur “sagesse offre des solutions dont le monde a urgemment besoin”, ajoutait António Guterres. Mais qui prête l’oreille – et l’argent ?
Les communautés autochtones sont en première ligne face à l’élévation du niveau des mers. Leurs droits et leurs terres ancestrales sont constamment violés, et la finance pour le climat leur est quasi inaccessible. De 2011 à 2020, rapporte Grist, ces peuples “ont reçu moins de 1 % des financements mondiaux destinés à l’atténuation et à l’adaptation au changement climatique”. Pour Joan Carling, de la communauté kankanai (appartenant à l’ensemble des Igorot), aux Philippines, “la demande d’accès direct au financement par les peuples autochtones est une question de droit”.
Le 28 mars, le Fonds vert pour le climat (GCF) a annoncé un budget de 20 milliards de dollars et 354 projets financés dans les pays en développement. Mais ses critères de validation sont très stricts. Selon Helen Magata, de la communauté austronésienne kadaclan (également composante des Igorot), pas une organisation représentant les peuples autochtones “n’a été validée” par l’organisme né de l’accord de Paris, rapporte le média de la cause climatique. Quant au Global Environment Facility, un autre fonds pour le climat, il n’a consacré que 50 millions de dollars aux peuples autochtones sur les 27 milliards de dollars débloqués depuis trente ans.
Ces montants sont dérisoires. Comme ils sont fléchés vers les pays en développement, ils excluent de surcroît les communautés autochtones des pays occidentaux. Comme au Canada, où leur rôle de gardiens de la terre n’est plus à démontrer face à l’extractivisme national. Les investisseurs se souviennent encore de l’annulation d’un projet d’oléoduc en 2018, la Cour d’appel ayant jugé qu’Ottawa n’avait pas suffisamment consulté les Autochtones. Depuis qu’en janvier le Canada a relancé le projet d’un nouvel oléoduc pour acheminer les sables bitumineux de l’Alberta vers la Colombie-Britannique, “aucun promoteur du secteur privé n’a encore levé la main pour participer”, note La Presse ce 13 mai. Le gouvernement “a doublé l’enveloppe du programme de garantie de prêts pour les Autochtones de 4 à 10 milliards de dollars” canadiens, poursuit le quotidien québécois. L’opposition l’accuse de “s’acheter l’acceptabilité sociale”.
Plus au sud, les autorités de l’Équateur, elles, s’en dispensent. Le 29 avril, elles recouraient pour la première fois à la fracturation hydraulique dans la province amazonienne de Sucumbíos. Sans le consentement des Amérindiens. “Pendant que le monde parle de transition énergétique, le gouvernement équatorien encourage l’exploitation pétrolière en Amazonie”, résume Marcelo Mayancha, président du peuple shiwiar.
Écouter la voix des peuples autochtones est d’abord un moyen de rétablir l’injustice qui les frappe, mais c’est aussi une issue à la crise climatique. Pour preuve, celle d’Ailton Krenak, 72 ans, célèbre depuis qu’en 1987, devant l’Assemblée constituante, au Brésil, ce représentant de la nation kranak a fait forte impression en se recouvrant de jenipapo, un fruit utilisé pour la peinture corporelle, tout en déclarant que “le sang des peuples autochtones a été versé sur chaque hectare des 8 millions de kilomètres carrés du Brésil”. L’action a conduit à l’inscription des droits des Amérindiens dans la Constitution. Depuis, cet activiste et philosophe, auteur (notamment) d’Idées pour retarder la fin du monde (2020) et de Futur ancestral (2025), est devenu le premier d’entre eux à entrer à l’Académie brésilienne des lettres.
Devant le Collège de France, l’an passé, il ébauchait la piste du “nécessaire devenir-forêt de la ville”. Et lui donnait le joli nom de florescidade, “néologisme portugais (intraduisible), composé des termes floresta (‘forêt’) et cidade (‘cité’, ‘ville’)”. C’est le choix “simple” du “changement radical” que l’humanité doit faire, dit-il au Guardian. Discuter de transition “n’est qu’une négociation cynique”, un “moyen de maintenir le statu quo”. Il conclut : “Si nous prétendons avoir le courage de changer, pourquoi ne le faisons-nous pas ?”
Annick Rivoire
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Le monde brûle comme jamais
Plus de 160 millions d’hectares sont partis en fumée dans le monde rien qu’au cours des quatre premiers mois de l’année. Un record depuis au moins 2012. Même si la contribution du réchauffement climatique à ces événements précis est difficile à évaluer, des études ont déjà démontré son rôle. D’autant que ces feux se produisent dans une “planète déjà en surchauffe”, souligne El País. L’année 2026 est déjà marquée par des records de température de surface de l’océan, mais aussi des vagues de canicule précoces et des précipitations abondantes. Pour en savoir plus, c’est ici.
Les industries vertes chinoises dopées par la guerre en Iran
La guerre en Iran et le choc qu’elle provoque sur l’approvisionnement mondial en gaz et en pétrole ont relancé la demande de technologies vertes, offrant à la Chine un débouché bienvenu pour ses surplus de véhicules électriques et de panneaux solaires. Les exportations chinoises de batteries lithium-ion (pour smartphones et véhicules électriques) “ont bondi en mars par rapport à l’année précédente”, tandis que les livraisons de panneaux solaires “ont doublé pour atteindre un niveau record”, signale Bloomberg. Pour en savoir plus, c’est ici.
Habitat modifié, virus propagé
En Argentine, le nombre de personnes infectées par le hantavirus – le même qui défraie la chronique depuis qu’il a fait trois morts à bord d’un bateau de croisière – a presque doublé en un an, passant de 57 à 101. Si ce chiffre demeure faible, son évolution interroge. “Le changement climatique peut modifier la carte des risques, assure le média argentin MDZ OnLine, qui cite une étude publiée dans la prestigieuse revue NPJ Viruses. Lorsque les températures augmentent ou que les précipitations changent, cela peut également modifier l’habitat de certaines espèces de rongeurs. Si ces animaux se déplacent, les virus qu’ils transportent pourraient apparaître dans des zones rurales, agricoles ou peuplées où les systèmes de santé ne sont pas nécessairement prêts à les détecter.” Les incendies et l’urbanisation galopante sont également pointés du doigt. Pour en savoir plus, c’est ici.
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