Mieux qu’un épidémiologiste, Stephen King avait compris que la terreur est d’autant plus efficace et inquiétante qu’elle ne montre pas le monstre qui l’inspire. Il n’est jamais que suggéré. Et c’est dans cet espace entre insinuation et imagination que se trouve l’horreur en tant que genre, y compris journalistique. Un rat en Patagonie, infecté ou simplement effrayé, devient une tendance mondiale avant même d’avoir fini d’agoniser. Les nouvelles ne vont pas vite. Elles volent.

La crise du hantavirus évoque par moments le premier épisode de la série The Terror [série américaine adaptée du livre Terreur de Dan Simmons], sur une expédition perdue dans les glaces, où l’équipage d’un navire finit dévoré moins par un monstre que par la suggestion, l’isolement et la paranoïa. Il est vaguement question d’une créature impossible, mais en réalité les coupables sont bien connus.

Peur du souvenir

La peur qui devient atmosphère. Le soupçon qui se répand sur le navire bien plus vite que la maladie. Les hommes affaiblis par la rumeur, les regards, les silences. Aujourd’hui aussi, le risque sanitaire semble presque secondaire à côté de l’impatience narrative qui l’accompagne. Un virus, ça se jugule. L’imagination collective, ça ne se place pas en quarantaine.

[L’épidémiologiste] Fernando Simón