Depuis les feux verts donnés par les Parlements suédois (le 3 juin) puis estonien (le 10 juin), la voie est libre. L’accord, conclu un an plus tôt par les gouvernements des deux pays, va pouvoir se matérialiser avec l’envoi, à partir d’août prochain, des premiers détenus suédois – une centaine au départ – vers la prison de Tartu, dans le sud-est de l’Estonie.

Cette nouveauté est née d’un double constat : les prisons suédoises sont lourdement surchargées, alors que celles de l’État balte ont tendance à se vider. En revanche, les frais liés à l’entretien des établissements estoniens, eux, “restent élevés”, constate le quotidien Postimees à Tallinn.

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“La location de places de détention permettra à la prison de Tartu de poursuivre ses activités, de créer de nouveaux emplois et d’apporter au budget de l’État des recettes contractuelles d’au moins 30 à 60 millions d’euros”, explique le président de la commission parlementaire des affaires légales, Madis Timpson.

Pas de permissions

À Stockholm, le gouvernement de centre droit a tenu à préciser que les détenus qui seront déplacés de l’autre côté de la mer Baltique (jusqu’à 600 à la fois au maximum, à partir de l’été 2027) ne seront que des hommes adultes. De plus, ils ne représenteront “pas un grand risque pour la sécurité”, ni en prison ni à l’extérieur, complétait le site de la télévision publique suédoise SVT en janvier dernier. Enfin, ils ne seront pas autorisés à bénéficier de permissions dans le pays balte.

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Qualifié d’“historique” par le Premier ministre suédois, Ulf Kristersson, au moment de sa signature le 18 juin 2025, l’accord n’en a pas moins suscité des réserves et des inquiétudes. Côté suédois en particulier.

Dès l’annonce du projet, les syndicats représentant les personnels pénitentiaires se sont montrés des plus sceptiques. Tant sur le principe de confier une telle activité à un autre État que sur la capacité du système estonien à “réinsérer” les détenus dans la société suédoise, une fois libérés, rapportait alors Dagens Nyheter.

Jalousies salariales

Pour calmer les inquiétudes, le gouvernement suédois, soutenu par son allié d’extrême droite, a souligné que des membres du personnel pénitentiaire suédois seraient également délocalisés à Tartu pour “s’assurer notamment que l’accord est bien respecté”, indiquait le même journal. La prison en question a été inaugurée en 2002.

Dans les médias estoniens, les critiques exprimées tournent avant tout autour des salaires. Car les surveillants des détenus suédois de Tartu – qui échangeront en anglais – seront mieux rémunérés que leurs collègues exerçant dans d’autres prisons du pays, ainsi que les policiers.

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“Le message que l’État envoie, c’est que les milliers de policiers qui assurent chaque jour la sécurité de l’Estonie, au péril de leur vie et de leur santé, accomplissent en quelque sorte un travail moins important que celui du personnel pénitentiaire”, fait remarquer Egert Belitšev, commissaire général de police et des gardes-frontières, au site de la radiotélévision publique estonienne ERR.

Cet accord bilatéral entre deux États membres de l’Union européenne a été conclu pour une période de cinq ans, avec possibilité de prolongation pour trois ans. Il n’est pas sans rappeler celui conclu en 2022 entre le Danemark et un État non-membre de l’UE, le Kosovo (sans pour autant avoir encore été mis en application pour diverses raisons).