Les faits, relate Il Post, se sont déroulés à Modène, une petite ville d’Émilie-Romagne connue pour sa tranquillité et sa qualité de vie. “Autour de 16 h 30, dans une rue du centre-ville, un homme en voiture a roulé à grande vitesse sur plusieurs personnes en en heurtant une quinzaine”, rapporte le média en ligne, qui dresse le bilan de ce terrible événement. “Huit personnes ont été blessées, et quatre se trouvent dans un état grave ou très grave. Deux femmes ont subi l’amputation de leurs jambes.”
Le responsable de cet attentat, qui, après avoir perdu le contrôle de son véhicule, a été arrêté par des passants alors qu’il tentait de s’enfuir avec un couteau, se nomme Salim El Koudri. Né en Italie de parents marocains, “il n’a aucun casier judiciaire, note Il Post, et, de 2022 à 2024, il avait été soigné dans un centre de santé mentale pour trouble de la personnalité schizoïde”.
À l’heure actuelle donc, rien ne permet de lier cette action à du terrorisme islamiste. Pourtant, en Italie, nombreux sont ceux qui n’ont pas hésité à franchir le pas, en soulignant les origines marocaines d’El Koudri. En ce sens, le plus virulent a été sans doute Roberto Vannacci, un ancien général recruté par la Ligue de Matteo Salvini en 2024, et qui a depuis quitté le parti du vice-Premier ministre pour fonder son propre mouvement d’extrême droite, Futuro Nazionale, crédité de 3,6 % d’intentions de vote dans les sondages.
“L’échec de l’intégration des secondes générations”
“Que ceux qui veulent tout justifier cessent de vouloir réduire cette affaire à la folie d’un psychopathe, s’est indigné le général sur ses réseaux sociaux. Les dynamiques sociales et idéologiques s’appliquent-elles toujours, ou seulement quand cela arrange ? Si une femme est tuée, on parle immédiatement de PATRIARCAT et de MASCULINITÉ TOXIQUE. Si une victime est étrangère ou noire, on parle immédiatement de HAINE RACIALE […] Mais si un homme musulman, un Maghrébin de deuxième génération, écrase des civils innocents en utilisant des méthodes identiques à celles employées par des islamistes dans des dizaines d’attentats déjà observés en Europe, alors soudainement, toutes les analyses sociales, culturelles et idéologiques disparaissent. Il ne reste plus que les ‘problèmes psychologiques’.”
Un brin moins explicite, Matteo Salvini s’est lui limité à constater “l’échec de l’intégration des secondes générations dans trop de villes italiennes”, avant d’invoquer “des permis de séjour révocables en cas de graves délits”. Une proposition que le vice-président du Conseil semblerait vouloir concrétiser en un texte de loi.
Problème, la Première ministre Giorgia Meloni, et avec elle son ministre de l’Intérieur Matteo Piantedosi, a choisi d’adopter une approche beaucoup plus tempérée face au drame de Modène, en évitant toute fuite en avant et déclaration tapageuse. Une attitude saluée par La Stampa, journal qui se situe pourtant plutôt à l’opposition, qui souligne “le comportement exemplaire des institutions face à des drames qui déstabilisent l’opinion publique”. Néanmoins, tempère le journal turinois, “sur le front du souverainisme pur et dur représenté par Salvini et Vannacci, la musique est toute autre”, ce qui préfigure “une nouvelle et significative divergence au sein de la coalition gouvernementale”.
Des courriels redécouverts
Quoi qu’il en soit, au-delà des déclarations de certains politiques, c’est toute la presse conservatrice qui, depuis samedi soir, souffle sur les braises à grand renfort de titres incendiaires. Au lendemain des événements, Libero Quotidiano ouvrait par exemple son édition en parlant de “l’attentat du nouvel italien”, tandis que La Verità, deux jours après, affiche ce titre en première page : “Il est trop facile de parler d’un fou”, dénonçant quelques lignes plus bas “le désastre de l’absence d’intégration” dans le pays.
Sur ce thème, les comparaisons avec la France sont d’ailleurs légion chez certains éditorialistes des médias conservateurs. À l’image de ce qu’écrit Il Giornale, qui par un jeu de mots douteux, évoque des “secondes dégénérations”. À savoir, “ces Italiens fils d’étrangers qui sont nés ici et qui, comme en France, au lieu de devenir plus Italiens, s’éloignent de nous et de notre modèle de vie”. Des positions qui risquent d’être renforcées par la découverte de courriels qu’El Koudri avait envoyés il y a cinq ans à l’université d’Économie de Modène, où il avait obtenu une licence. Dans ces mails, l’homme, rapporte le Corriere della Sera, “exigeait un travail et insultait ensuite les responsables de l’université de ‘chrétiens de m…’ en menaçant de ‘brûler votre Jésus-Christ sur la croix’”.
Des courriels dont il s’était ensuite excusé, mais dont la publication récente va sans doute encore alimenter les tensions en Italie. Ceci, tandis qu’à Modène, hier, à l’appel du maire, des milliers de personnes sont descendues dans les rues, non pas pour protester, mais pour montrer leur solidarité aux blessés et affirmer leur unité face “à ceux qui veulent semer la haine”.
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