“Tu pourrais peut-être t’ouvrir davantage à l’étranger, à la Chine par exemple”, m’avait lancé un jour de but en blanc un collègue du cabinet d’avocats, avec lequel je discutais près de la fontaine à eau. Il avait prononcé ces mots avec une telle nonchalance que je ne savais pas ce qui m’avait le plus dérangée, entre sa remarque ou ma réaction à celle-ci.
Était-ce de la xénophobie ou des préjugés qui ont la vie dure ? Les propos de mon collègue étaient motivés par la sympathie, et même le désir de m’encourager, mais derrière leur courtoisie se cachait un sous-entendu que je ne pouvais ignorer. Je saisissais qu’il insinuait que si je voulais être crédible, il fallait que je fasse un pèlerinage en Asie où je n’avais encore jamais mis les pieds.
Se débarrasser des préjugés
Une décennie (et cinq grandes villes) plus tard, je suis toujours à Shanghai, une métropole qui s’est réinventée plusieurs fois durant cette période. Le chemin que je pensais me tracer – un avenir stable et linéaire, façonné par le syndrome de la fille aînée d’immigrés, hyper-indépendante – s’est effacé en cours de route.
Au Royaume-Uni, je faisais partie de ces statistiques que personne ne lit vraiment. Moins de 1 % de la population s’identifie comme chinoise. Pour ma part, j’étais cataloguée comme appartenant à
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