En mai, Vladimir Poutine rencontrait pour la quatorzième fois Xi Jinping en Chine. Organisée avec tous les honneurs protocolaires, cette visite d’État “n’avait d’autre ambition que de convaincre Xi de donner le feu vert à un second gazoduc entre la Russie et la Chine”, analyse The Wall Street Journal. Le gazoduc en question : Force de Sibérie 2, “un projet en gestation depuis deux décennies et dont Moscou a désespérément besoin”.

Seulement, la délégation russe “s’est heurtée à un mur”, explique le quotidien new-yorkais. “Les autorités chinoises ont clairement fait savoir au dirigeant de Gazprom, le géant gazier public russe, qu’elles ne s’engageraient que si la Russie leur vendait du gaz au même tarif préférentiel, inférieur aux prix du marché, que celui appliqué sur le marché intérieur russe.”

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Si les presses des deux pays n’ont pas manqué de relayer les déclarations officielles enthousiastes et de souligner la quantité d’accords signés, elles ont pudiquement écarté le principal sujet de négociation. Vladimir Poutine est rentré en Russie sans obtenir l’arrangement espéré.

Une relation asymétrique

Selon les auteurs de l’article, Lingling Wei et Thomas Grove, “cette visite de mai ne pouvait pas être plus différente de la première rencontre entre les deux hommes, en 2013, quand Xi avait choisi Moscou pour son premier déplacement à l’étranger en tant que dirigeant chinois”. À l’époque, Xi qualifiait Poutine de “modèle”, admirant sa capacité à “s’imposer parmi les grandes puissances mondiales, à la tête d’une économie pourtant fortement dépendante du pétrole et du gaz”. Désormais, la relation sino-russe apparaît nettement asymétrique, dominée par Pékin “dans quasiment tous les domaines”.

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En 2013, la Chine représentait environ 10 % du commerce global de la Russie, contre 40 % aujourd’hui, souligne The Wall Street Journal.

“Pékin a permis à l’économie de guerre russe de continuer à tourner : en achetant du pétrole russe à prix réduit, en fournissant les composants nécessaires à son industrie de défense et en mettant à disposition l’infrastructure financière qui permet à Moscou de résister aux sanctions occidentales.”

Ne pas humilier le partenaire minoritaire

Pour analyser la relation entre Xi et Poutine, le quotidien se réfère à la visite de Mao Zedong à Moscou, en 1950. “Les affiches de propagande soviétiques représentaient Staline comme légèrement plus grand que Mao – un signal subtilement calibré pour souligner qui était le frère (en réalité, Mao dépassait Staline d’au moins dix centimètres).” Une insistance à signifier sa domination qui provoqua la rupture entre l’URSS et la Chine et qui, de fait, “conféra à Washington un immense avantage stratégique”.

La leçon à en retenir, estime Sergueï Radtchenko, de l’université Johns-Hopkins (Washington), est qu’“il ne faut pas utiliser sa position de partenaire dominant pour humilier le partenaire minoritaire”. Xi la met en application “en laissant de la place à Poutine et en maintenant l’apparence de l’égalité en public, même si la réalité sous-jacente a clairement basculé en faveur de la Chine”.

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Fidèle à sa stratégie du long terme, “Pékin tisse discrètement des liens en Russie qui vont bien au-delà de la personne de Poutine” – et prépare l’avenir, avance le Wall Street Journal. La trajectoire à l’œuvre inspire au chercheur russe Alexandre Gabouev, directeur du Centre Carnegie Russie Eurasie (Berlin), la réflexion suivante : “La Chine a de réelles chances de transformer la Russie en une sorte de Laos géant, de Pakistan géant. Un pays bien plus dépendant de la Chine, bien plus connecté à elle, et qui la considère comme un modèle et une source de modernité.”