« Vous ne pensez pas qu’on a tenté d’instrumentaliser la justice ? » L’ombre des tensions politiques entre la France et l’Algérie a plané, lundi 11 mai, sur la cour d’appel de Montpellier, où l’influenceur algérien Doualemn contestait sa condamnation pour « incitation à la violence ».
« Avec tout ce qui circule sur les réseaux sociaux, c’est quand même curieux de voir un maire vous signaler, un préfet faire de même… puis on vous expulse. Et, finalement, vous vous retrouvez devant nous. C’est une drôle d’histoire », s’est interrogé à haute voix le président de la cour, Charles Pinarel.
Face à lui, Boualem Naman, un agent de nettoyage de 60 ans connu sur TikTok sous le pseudonyme de « Doualemn », a assuré être une « victime collatérale » des tensions entre la France et l’Algérie, se défendant d’avoir incité à la violence. Ces tensions s’étaient encore accentuées après son refoulement par l’Algérie, quelques jours après son arrestation en janvier 2025, à Montpellier.
Sympathies pour le gouvernement d’Alger
L’interpellation de celui qui réfute être un « influenceur » avait été annoncée sur le réseau social X par le ministre de l’intérieur de l’époque et actuel président du parti Les Républicains, Bruno Retailleau, partisan d’une ligne dure face à Alger qu’Emmanuel Macron a récemment dénoncée.
La veille de son interpellation, M. Naman, qui ne cache pas ses sympathies pour le gouvernement d’Alger, avait fait l’objet d’un signalement par le maire de Montpellier et par le préfet de l’Hérault pour avoir diffusé un « live » sur TikTok dans lequel il appelait à « donner une sévère correction » à un opposant au régime à Alger.
« Il s’agit plutôt d’une “bonne tannée”, un mot qu’une maman utilise quand son enfant fait une bêtise », a nuancé son avocate, Vanessa Edberg, en plaidant la relaxe, son client n’ayant jamais eu selon elle « l’intention » d’appeler à la violence.
En première instance, en mars 2025, M. Naman avait été reconnu coupable de « provocation non suivie d’effet à commettre un crime ou un délit » et condamné à cinq mois avec sursis. Aujourd’hui, il jure que, pour lui, « les réseaux sociaux, c’est fini ».
Sous le coup d’un arrêté d’expulsion, il avait été placé en centre de rétention administrative en mars 2025, dont il était ressorti libre après trois mois, faute d’accord trouvé avec le gouvernement algérien. Tout en évoquant la possibilité d’une « instrumentalisation » du dossier, l’avocat général a demandé lundi à la cour d’appel la « confirmation » de la peine prononcée en première instance. Celle-ci rendra sa décision le 2 juillet.