Selon la Commission paneuropéenne indépendante sur le climat et la santé, qui rassemble des scientifiques et d’anciens ministres de la Santé, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) devrait d’urgence déclarer la crise climatique “urgence de santé publique mondiale”. Faute de quoi “des millions de personnes vont continuer à mourir inutilement”.

Une telle déclaration ne suffirait certainement pas à inverser le réchauffement climatique, “mais elle pourrait déclencher la réponse internationale coordonnée qu’exige l’ampleur de la crise sanitaire et qui ne s’est pas encore concrétisée”, affirment les membres de la commission à la veille de la 79e Assemblée mondiale de la santé, qui doit s’ouvrir lundi 18 mai à Genève.

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“La crise climatique n’est pas une menace à situer dans le futur”, explique dans le quotidien britannique The Guardian l’ex-Première ministre islandaise Katrin Jakobsdottir, qui préside la commission. “Il s’agit d’une crise tout à fait actuelle, qui s’aggrave et qui affecte simultanément la santé, l’alimentation, l’eau, l’énergie et la sécurité nationale.”

Selon la commission, la pollution atmosphérique liée aux énergies fossiles provoque chaque année plus de 600 000 décès en Europe. Les épisodes de chaleur extrême sont également devenus une menace sanitaire majeure. En 2024, 63 000 personnes seraient mortes en Europe à cause des vagues de chaleur. En 2025, le réchauffement serait responsable de près de 70 % des décès associés aux chaleurs estivales dans quelque 854 villes européennes.

Le PIB ne protège pas de la chaleur

Les membres de la commission demandent également aux gouvernements européens d’intégrer pleinement le risque climatique dans leurs politiques de sécurité nationale. Ils estiment en outre qu’il est temps de remettre en cause le produit intérieur brut (PIB) comme principal indicateur de progrès économique.

Relayée par le quotidien espagnol El País, une étude de l’Institut de Barcelone pour la santé mondiale (ISGlobal) a montré que les régions européennes les plus favorisées socio-économiquement présentent un risque de mortalité lié aux fortes chaleurs plus élevé que les régions moins privilégiées. En cause : la multiplication des zones urbaines à forte concentration d’activité.

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“Il s’agit souvent de villes où la végétation est rare et où l’asphalte est omniprésent, favorisant l’absorption de la chaleur et contribuant à l’effet d’îlot de chaleur urbain”, explique Blanca Paniello-Castillo, chercheuse à l’ISGlobal. Du fait, notamment, d’une meilleure isolation des logements et d’une moindre précarité énergétique, “la prospérité économique protège du froid”, mais pas de la chaleur.

Or le continent européen se réchauffe deux fois plus vite que le reste de la planète, rappelle Le Temps, qui cite le bilan climatique 2025 établi par Copernicus, le service climatique de l’Union européenne, et l’Organisation météorologique mondiale. “Pas moins de 95 % des territoires européens ont connu des températures supérieures à la moyenne (1991-2020) l’an dernier. Une moyenne réévaluée à la hausse tous les dix ans, il convient de le rappeler.”

44 °C enregistrés à Karachi

Le mois dernier, c’est toutefois le continent indien qui a enregistré les vagues de chaleur les plus spectaculaires, souligne CNN. “Le 27 avril, un événement très inhabituel s’est produit : les 50 villes les plus chaudes de la planète se trouvaient toute dans un seul pays : l’Inde.”

En tête de la liste figurait la ville de Banda, dans l’État indien d’Uttar Pradesh, où le mercure a atteint ce jour-là 46,2 °C. Des experts ont averti qu’en Inde la chaleur en Inde devient si extrême qu’elle pourrait “dépasser la limite de survie” pour les êtres humains en bonne santé d’ici 2050.

À Karachi, au Pakistan, au moins dix personnes sont mortes le 4 mai dernier à cause de la chaleur, rapporte The Express Tribune. Selon le Département météorologique du Pakistan (PMD), la ville a enregistré une température maximale de 44,1 °C, la plus élevée depuis le 31 mai 2018, date à laquelle le mercure avait atteint 46 °C. Les météorologues ont averti que des journées encore plus chaudes pourraient être à venir.