Le Parlement japonais a adopté une révision de la loi sur la succession impériale, vendredi 17 juillet, mais a maintenu l’impossibilité pour une femme d’accéder au trône, alors même que les sondages d’opinion suggèrent qu’une telle solution bénéficierait d’un large soutien du public : en mai, selon un sondage du quotidien Asahi, 72 % de la population japonaise se disaient favorables à une modification des règles pour autoriser les femmes à devenir impératrices.
L’avenir de la maison impériale – qui, selon la tradition, descend de la déesse du soleil du shintoïsme, Amaterasu – repose actuellement sur le prince Hisahito, neveu de 19 ans de l’empereur Naruhito, âgé de 66 ans. Si le prince Hisahito, tout juste sorti de l’école et qui étudie actuellement la biologie et les insectes. Non marié, sans descendant masculin, il n’aura alors aucun héritier et, selon les règles actuelles, la lignée royale s’éteindra.
Le texte, adopté à une large majorité par la Chambre haute vendredi, autorise le retour dans la famille impériale, par adoption, de parents masculins éloignés âgés de plus de 15 ans, à condition qu’ils soient célibataires. Il permet également aux femmes de conserver leur statut royal après avoir épousé un roturier, ce qui était déjà autorisé pour les hommes.
La loi sur la maison impériale du Japon, en vigueur depuis 1947, n’autorise pas les femmes à accéder au trône du Chrysanthème, et le droit à la succession ne peut être transmis que par la lignée masculine. Cette disposition exclut de facto la populaire princesse Aiko, 24 ans, fille de Naruhito, ainsi que les deux sœurs aînées du prince Hisahito, de toute accession au trône.
La législation a été adoptée après d’importantes tractations au sein du Parti libéral-démocrate (PLD, conservateur), au pouvoir, dirigé par Sanae Takaichi, première femme à la tête du gouvernement du Japon et qui s’oppose à la succession féminine.
« Tout à fait scandaleux »
Seiichiro Murakami, vétéran du PLD au pouvoir, a déclaré, après l’adoption du texte par la Chambre basse, le 10 juillet, qu’il était « tout à fait scandaleux » d’écarter la possibilité de voir la princesse Aiko devenir impératrice.
Un ancien membre de la famille impériale, Asahiro Kuni, 81 ans, a déclaré qu’il serait irréaliste d’adopter des parents masculins éloignés, affirmant qu’il conseillerait à ses petits-enfants de refuser une telle proposition. M. Kuni est membre de l’une des 11 branches de la famille impériale qui ont quitté le registre impérial après la seconde guerre mondiale.
« A l’âge de 15 ans, une personne a grandi en respirant l’air de la liberté », a-t-il déclaré. « Je pense qu’il serait difficile de s’adapter à la vie au sein de la famille impériale », a-t-il ajouté dans le quotidien Asahi. « Il y a peut-être des personnes qui souhaiteraient rejoindre la famille impériale, mais si elles comprenaient les difficultés de la vie en tant que membre de cette famille, elles ne le diraient probablement pas », a-t-il ajouté.
Le quotidien Yomiuri, habituellement fervent soutien du PLD, a également critiqué le gouvernement dans un récent éditorial. La famille impériale compte désormais 16 membres au total, parmi lequels figurent cinq hommes.