Le sport est souvent présenté comme un langage universel, porteur de paix, de fraternité et de dignité humaine. Pourtant, à l’heure où l’Iran continue de participer aux grandes compétitions internationales, notamment à la Coupe du monde de football, une question s’impose : que reste-t-il de ces principes lorsque celles et ceux qui incarnent ces valeurs sont exécutés, emprisonnés ou réduits au silence par un Etat ?
Le 30 avril, Sasan Azadvar, un jeune karatéka de 21 ans, a été exécuté par le régime de la République islamique d’Iran. Sa mort n’est pas un cas isolé, mais le symptôme d’un système. Le monde du sport ne peut plus détourner le regard. Les athlètes sont devenus des cibles. Avant Sasan Azadvar, Saleh Mohammadi, 19 ans, champion de lutte, a été exécuté, le 19 mars, pour le crime de « moharebeh », c’est-à-dire d’hostilité à l’égard de Dieu. Citons encore Mohammad Mehdi Karami, champion de karaté d’origine kurde, pendu en 2023 à l’âge de 22 ans, pour avoir manifesté lors du mouvement Femme, vie, liberté.
En 2020, déjà, le lutteur professionnel Navid Afkari avait été exécuté dans le plus grand secret, malgré une mobilisation internationale, après des aveux obtenus sous la torture, dans une parodie de justice. Le vice-champion national de boxe, Mohammad Javad Vafaei-Sani, a, pour sa part, été condamné à mort pour appartenance à une organisation illégale après les manifestations de 2019, et court encore aujourd’hui le risque d’une exécution. Quant au footballeur professionnel Amir Nasr-Azadani, 26 ans, il a été arrêté en novembre 2022, pendant les manifestations consécutives à l’assassinat de Mahsa Amini. Il a échappé de justesse à l’exécution, sa peine ayant été commuée en vingt-six ans de prison.
Ces jeunes demandaient seulement la liberté et la démocratie. Ces noms ne sont pas des statistiques, ce sont des athlètes. Des jeunes hommes qui ont consacré leur vie à leur discipline, qui auraient dû représenter leur pays dans des compétitions, inspirer des générations, incarner les valeurs du sport. Au lieu de cela, ils ont été brisés par un système qui punit l’engagement, la liberté d’expression et, parfois, le simple fait d’exister. Face à cette réalité, le silence des grandes organisations sportives internationales est assourdissant. Pourtant, les alertes ne datent pas d’hier. Dès 2017, avec l’association Ensemble contre la peine de mort, nous dénoncions la banalisation des exécutions publiques dans les stades en Iran.
Il vous reste 56.12% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.
Commentaires (0)
Laisser un commentaire
Aucun commentaire. Soyez le premier !