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Le trampoline : une activité populaire, mais un risque traumatique sous-estimé chez l’enfant et l’adolescent

Loisir banal en apparence, le trampoline est à l’origine d’une hausse des consultations aux urgences pédiatriques. Derrière son image ludique se cachent des mécanismes de blessure spécifiques et parfois des séquelles durables.

Le trampoline : une activité populaire, mais un risque traumatique sous-estimé chez l’enfant et l’adolescent
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C’est l’histoire d’un garçon de neuf ans qui chute d’un trampoline et heurte une clôture. Le choc arrache la partie basse de son visage. La lèvre inférieure, la commissure labiale gauche et le menton se détachent d’un bloc, laissant l’os à nu.

Le fragment amputé mesure 5 x 7 x 2 cm. Refroidi, il est acheminé vers l’hôpital deux heures après l’accident.

Une fois l’enfant sous anesthésie générale, les chirurgiens explorent le fragment à la recherche de vaisseaux exploitables. Ils repèrent une artère, mais aucune veine : le sang peut irriguer le fragment, mais sans retour veineux. Ils raccordent cette artère au réseau artériel local. Après six heures d’ischémie, le sang peut enfin irriguer les tissus, mais le drainage reste impossible en l’absence de veine fonctionnelle. L’intervention dure cinq heures. Une sonde nasogastrique est mise en place pour limiter les mouvements de la lèvre pendant la cicatrisation.

Une chirurgie de sauvetage grâce aux sangsues

Pour éviter la congestion des tissus par défaut de drainage veineux, les médecins ont recours à une méthode aussi ancienne qu’étonnante : des sangsues médicinales. Deux sangsues sont appliquées toutes les deux heures durant les quatre premiers jours. Ces animaux hématophages, utilisés en chirurgie reconstructrice depuis les années 1980, aspirent le sang stagnant et libèrent une substance, l’hirudine, qui empêche la coagulation.

Au quatrième jour, le segment pâlit : l’artère s’est bouchée. Les chirurgiens tentent une nouvelle réparation avec un autre vaisseau, mais celui-ci se bouche à son tour. Une troisième opération est réalisée pour rétablir la circulation sanguine, avec des médicaments anticoagulants et vasodilatateurs.

Un masque imprimé en 3D pour protéger les sangsues

La sédation est levée au 11ᵉ jour. Un problème inattendu se pose : comment empêcher l’enfant, réveillé, d’arracher les sangsues appliquées sur son visage ?

L’équipe fait alors fabriquer, par la cellule d’impression 3D de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris, un masque de protection sur mesure. Positionné autour de la bouche, il sécurise le dispositif sans gêner l’alimentation ni la surveillance de la zone opérée. Une intolérance au soja de son alimentation par sonde provoque des vomissements qui rouvrent partiellement la plaie.

Le traitement par sangsues et les anticoagulants entraînent des saignements importants : l’enfant reçoit au total l’équivalent de six litres de sang en transfusions sur seize jours, ainsi que des antibiotiques pour prévenir une infection liée à ce type de traitement. En effet, les sangsues hébergent naturellement la bactérie Aeromonas hydrophila.

Malgré ces efforts, le greffon reste mal irrigué et une partie des tissus réimplantés finit par se nécroser. Au 14ᵉ jour, les trois quarts de la lèvre et un quart du menton sont perdus. Le traitement par sangsues, progressivement réduit, se poursuit jusqu’au 17ᵉ jour.

Un mois après l’accident, une reconstruction est réalisée en utilisant les tissus environnants. L’enfant sort de l’hôpital au 35ᵉ jour et remange normalement six semaines après l’accident. Des soins complémentaires (injections, kinésithérapie) sont proposés pour optimiser la cicatrisation et limiter la rétraction des tissus.

À 18 mois, l’enfant présente une lèvre inférieure partiellement paralysée et une ouverture buccale réduite. La sensibilité, en revanche, est quasi normale. Sur le plan fonctionnel, il mange et avale sans problème, sans baver, malgré un contrôle incomplet de la lèvre. Une légère asymétrie faciale persiste.

Cette observation clinique a été rapportée par l’équipe du département de chirurgie maxillo-faciale et de chirurgie plastique de l’hôpital Necker (Paris) en janvier 2026 dans le Journal of Stomatology, Oral and Maxillofacial Surgery.

Le trampoline, un risque loin d’être anodin

Aussi spectaculaire soit-il, ce cas clinique s’inscrit dans une accidentologie liée à la pratique du trampoline, une activité qui s’est banalisée depuis plusieurs décennies chez les enfants et les adolescents à travers le monde.

En France, deux décès pédiatriques sont survenus ces dernières années : un traumatisme crânien mortel en 2013, et un arrêt cardio-respiratoire en 2011, après inhalation d’un bonbon pendant un saut. Il s’agit là d’un mécanisme rare, qui illustre la diversité des scénarios accidentels possibles au-delà des seuls traumatismes orthopédiques.

Accidents domestiques et dans les parcs de loisirs

La sévérité des lésions traumatiques varie selon le contexte de pratique. Les trampolines de grande taille et les activités acrobatiques de haut niveau sont notamment associés à un recours plus fréquent à la chirurgie, avec un risque estimé jusqu’à six fois plus élevé sur un trampoline grand format et environ deux fois plus élevé dans les parcs.

Une méta-analyse australienne, publiée en 2022 dans la revue Injury Prevention, est venue étayer ces observations. En regroupant onze études et près de 1,4 million d’accidents de trampoline chez l’enfant et l’adolescent, cette revue a comparé le profil des blessures en parc de trampoline à celui du trampoline domestique. Les accidents survenant dans les parcs comportent davantage de lésions musculosquelettiques, de traumatismes des membres inférieurs, d’entorses et de recours à la chirurgie. À l’inverse, les traumatismes des membres supérieurs, les commotions cérébrales et les plaies y sont moins fréquents qu’à domicile. En revanche, le risque de fracture, de luxation, de traumatisme crânio-facial, de même que le taux d’hospitalisation ne diffèrent pas significativement entre les deux environnements.

Dans un parc de trampoline, plusieurs sauteurs peuvent évoluer simultanément sur une même toile. Lorsque leurs poids sont très différents, le plus léger peut subir des forces beaucoup plus importantes que celles qu’il aurait supportées en sautant seul. À chaque réception, le sauteur le plus lourd enfonce davantage la toile, qui emmagasine puis restitue cette énergie en se redressant. Une partie de cette énergie cinétique est alors transmise au sauteur plus léger, qui peut être projeté plus haut et subir, à la réception, des contraintes mécaniques plus importantes. Plus la différence de poids est grande, plus ce transfert d’énergie peut être important. Ce mécanisme peut contribuer à expliquer pourquoi les sauts à plusieurs, notamment entre enfants de poids très différents, peuvent favoriser des traumatismes sévères des membres inférieurs, dont certaines fractures ouvertes du tibia et du fémur observées dans les parcs.

Le rembourrage, qui recouvre les ressorts et le cadre métallique, réduit le risque de plaies et de chocs contre les parties rigides du trampoline, mais sans le supprimer totalement.

L’âge joue aussi un rôle : les enfants de moins de 6 ans sont proportionnellement moins souvent blessés en parc qu’à domicile, sans doute du fait de limites d’âge à l’entrée ou d’une supervision renforcée, tandis que les préadolescents et adolescents, plus enclins aux prises de risque, y concentrent davantage d’accidents.

Un poids économique non négligeable

Aux États-Unis, le coût cumulé de ces traumatismes pour le système de santé a atteint 1 milliard de dollars entre 2002 et 2010. En Grande-Bretagne, une étude sur 71 patients jouant dans un parc a évalué le coût moyen à plus de 900 livres par enfant blessé.

En Australie, une étude a suivi 392 accidents pédiatriques, survenus pour la plupart à domicile. Seuls 76 d’entre eux (moins d’un cas sur cinq) s’étaient produits en parc, mais ces 76 cas ont à eux seuls représenté 22 % du coût total des soins, nécessité une hospitalisation dans un cas sur cinq et une chirurgie dans près d’un cas sur cinq. À six mois, un tiers de l’ensemble des patients rapportait encore des douleurs persistantes. Ainsi, les accidents en parc, minoritaires en nombre, représentent une part disproportionnée du coût des soins et des prises en charge lourdes.

Ce constat interroge l’encadrement du secteur. Dans de nombreux pays, les parcs commerciaux ne sont pas soumis à des normes de sécurité réglementaires contraignantes. L’association internationale qui les représente, l’International Association of Trampoline Parks, a élaboré des référentiels, mais l’adhésion reste volontaire. Les recommandations habituelles - un encadrant pour vingt utilisateurs, un sauteur par trampoline - se heurtent souvent aussi à leur application pratique. Près des trois quarts des accidents pédiatriques surviennent alors même qu’un adulte supervise, ce qui montre que la seule présence d’un adulte ne suffit pas à prévenir les accidents.

Une étude prospective menée entre mai 2019 et février 2020 par le service de chirurgie pédiatrique du CHU de Besançon apporte des données françaises sur ce sujet. Sur les 8 589 consultations aux urgences pédiatriques pour motif chirurgical enregistrées durant les dix mois de l’étude, 103 (1,2 %) faisaient suite à un accident de trampoline, chez des enfants âgés de 4 mois à 16 ans (âge moyen de 8 ans). Près d’un enfant sur six a nécessité une prise en charge chirurgicale, principalement pour des fractures du membre supérieur. Les auteurs concluent que le trampoline reste en France un motif de consultation rare aux urgences pédiatriques mais qui peut nécessiter une prise en charge chirurgicale dans une proportion non négligeable de cas.

Fracture de jambe du trampoline

Publiée en 2022 dans la revue Orthopaedics & Traumatology : Surgery & Research, cette étude s’attarde en particulier sur une lésion régulièrement décrite dans la littérature consacrée au trampoline chez le jeune enfant : la fracture du tibia proximal, c’est-à-dire de la partie haute du tibia, juste sous le genou, souvent désignée fracture de jambe du trampoline. Elle survient lorsque l’enfant se réceptionne avec le genou tendu en hyperextension.

Son mécanisme est bien identifié. Lorsque plusieurs enfants sautent ensemble, le plus léger est propulsé de manière disproportionnée au moment où un enfant plus lourd retombe à côté de lui. Ce transfert d’énergie peut augmenter brutalement les forces exercées sur son squelette. À la retombée, son genou tendu encaisse alors un choc violent.

Une étude finlandaise, publiée en 2020 dans le Journal of Children’s Orthopaedics, a documenté ce phénomène à plus grande échelle. Elle a suivi 101 enfants de la région d’Oulu entre 2006 et 2017, mesurant pour la première fois l’évolution de cette fracture à l’échelle d’une population, et non d’un seul service. Le nombre de cas a plus que doublé en douze ans, passant de 9,5 à 22 enfants touchés pour 100 000, soit une hausse de 130 %. Les enfants concernés sont très jeunes : 91 % avaient moins de 5 ans. Dans plus de huit cas sur dix, ils sautaient à plusieurs sur la toile au moment de l’accident.

Le mécanisme mérite d’être détaillé, car il explique aussi pourquoi cette zone du corps est si vulnérable chez le petit enfant. Le tibia proximal contient un cartilage de croissance, plus fragile que l’os mature, qui permet à l’os de grandir. Lorsque le genou est en pleine extension au moment de l’impact, la partie avant de l’os est comprimée tandis que l’arrière est étiré. L’os cède sous cette double contrainte. Il se produit alors ce que l’on appelle une fracture par impaction, une sorte de tassement de l’os sur lui-même, avec une fine ligne de fracture qui reste souvent difficile à repérer sur les premières radiographies.

Un indice discret peut toutefois orienter vers le diagnostic. Ce cartilage de croissance, normalement légèrement incliné vers l’arrière du genou, se retrouve basculé vers l’avant sous l’effet du choc. Dans l’étude finlandaise, ce basculement était présent chez deux enfants sur trois, avec un déplacement moyen de 7,3 degrés par rapport à la position normale. C’est un signe ténu, facile à manquer si l’on ne sait pas précisément où le chercher. D’où l’intérêt de connaître cette fracture pour ne pas passer à côté.

Le pronostic à court terme est rassurant : un seul enfant sur 101 a nécessité une opération, un simple plâtre (porté en moyenne un peu plus de trois semaines) suffisant dans l’immense majorité des cas, avec une bonne consolidation chez plus de 92 % des enfants suivis. Les auteurs soulignent cependant une limite : leur suivi est trop court pour exclure un arrêt prématuré de la croissance. Une surveillance radiologique prolongée reste donc justifiée, même quand la fracture initiale semble bénigne. Dans la série du CHU de Besançon, les quatre enfants ayant présenté ce type de fracture avaient tous moins de 6 ans. Aucun n’a présenté de retard de consolidation au cours du suivi.

Détail curieux, enfin : ces fractures surviennent préférentiellement au printemps, en mai, plutôt qu’en plein été. Les auteurs évoquent une fragilité osseuse post-hivernale, peut-être liée à une carence en vitamine D ou à une moindre activité physique.

Le rachis cervical, un risque rare mais grave

Le rachis cervical est particulièrement exposé lors de sauts périlleux ratés avec réception sur la tête, un traumatisme qui peut entraîner des séquelles neurologiques durables, voire le décès.

Publiée en 2024, une étude américaine dans l’American Journal of Otolaryngology a analysé ce risque à partir de la base NEISS, un système national de surveillance des accidents établi à partir des remontées des services d’urgence à l’échelle des États-Unis. Sur la période 2012–2021, les auteurs ont isolé, parmi 33 929 accidents de trampoline chez des sujets de 0 à 19 ans, 1 436 atteintes cervicales, soit un peu plus de 4 % de l’ensemble. Les enfants les plus âgés sont les plus touchés et les garçons y sont surreprésentés. Un quart des enfants concernés rapportait avoir tenté une figure acrobatique - un salto - au moment de l’accident.

L’entorse cervicale bénigne domine très largement le tableau : une lésion des ligaments du cou est due à un mouvement brusque qui dépasse leur amplitude normale. Elle représente près de 70 % des atteintes cervicales, loin devant les contusions et les fractures qui, elles, restent rares.

Le mécanisme lésionnel est bien connu : une réception mal maîtrisée après un salto peut faire tomber l’enfant sur la tête et imposer au cou un mouvement brutal, soit vers l’avant (le menton est projeté vers la poitrine), soit vers l’arrière (la tête part en arrière).

Une autre étude, menée sur dix ans en neurochirurgie pédiatrique et publiée en 2023 dans la revue Cureus, rapporte que la lésion cervicale la plus fréquente dans les formes sévères est un déplacement de la première vertèbre cervicale par rapport à la deuxième, suivi de fractures touchant l’apophyse épineuse (saillie osseuse à l’arrière d’une vertèbre). Ces lésions restent rares, mais elles illustrent la gravité potentielle d’un traumatisme cervical mal négocié sur un trampoline.

Chez les adolescents, un phénomène plus récent mérite d’être mentionné : des sauts acrobatiques réalisés seul sur la toile, parfois dans l’objectif de filmer une performance destinée aux réseaux sociaux.

Un article de neurochirurgie pédiatrique publié en 2000, s’appuyant sur une synthèse de plusieurs séries de cas rapportées depuis les années 1970 aux États-Unis, en Allemagne et au Danemark, relève que parmi les traumatismes cervicaux ayant entraîné une tétraplégie (paralysie des quatre membres), la grande majorité (82 %) implique une fracture-dislocation de la partie basse de la colonne cervicale, sous la quatrième vertèbre (C4).

Quand le genou devient le point faible

Le genou mérite lui aussi une attention particulière. Une étude américaine menée à la Mayo Clinic (Minnesota), portant sur 229 patients traités pour un traumatisme du genou lié au trampoline entre 1997 et 2022, permet de comparer directement les lésions observées chez l’enfant et chez l’adulte.

Le contraste entre les deux populations s’explique par un concept simple : celui du « maillon faible » du squelette. Chez l’enfant dont le squelette est encore immature (âge moyen 8,5 ans), le cartilage de croissance constitue la zone la plus vulnérable. Les fractures représentent 31 % des lésions du genou, contre 8 % chez l’adulte. À l’inverse, chez l’adulte (âge moyen 31,9 ans), dont les cartilages de croissance sont soudés, le ligament croisé antérieur (LCA) devient le principal point de rupture. Il est atteint dans 42 % des traumatismes du genou, contre seulement 2,5 % chez l’enfant. Les lésions méniscales suivent cette tendance, avec 29 % des traumatismes chez l’adulte contre 6 % chez l’enfant. Au total, le risque de rupture du LCA est 7,8 fois plus élevé chez l’adulte, celui de lésion ligamentaire autre que du LCA étant multiplié par 19.

Le mécanisme du traumatisme diffère lui aussi. Chez l’enfant, la cause la plus fréquente est un choc direct contre un élément rigide du trampoline (ressorts, cadre métallique), retrouvé dans 38 % des cas. Chez l’adulte, les lésions surviennent le plus souvent lors d’un mouvement de pivot ou d’un changement brutal de direction, genou fléchi.

L’étude met également en évidence une association entre un indice de masse corporelle (IMC) élevé et un risque accru de lésion du LCA, de lésion ligamentaire ou méniscale et de recours à la chirurgie, quel que soit l’âge. Cette association rappelle que la masse corporelle peut également intervenir dans les contraintes exercées sur le genou lors de la réception.

Enfin, le diagnostic peut parfois être retardé. Dans cette série, un tiers des patients opérés avaient connu un retard diagnostique, avec un délai moyen de 192 jours entre l’accident et l’intervention. Certaines lésions ligamentaires ou méniscales, initialement considérées comme de simples entorses, n’ont été identifiées qu’après l’échec du traitement initial. Une douleur ou une gêne du genou persistante après un accident de trampoline, malgré une prise en charge initiale, justifie donc une nouvelle évaluation médicale.

Fracture de la cheville chez les enfants plus âgés

Alors que la fracture du tibia proximal s’observe surtout chez le jeune enfant, une autre fracture devient plus fréquente avec l’âge : celle du tibia distal, au niveau de la cheville.

Une étude sud-coréenne menée entre 2012 et 2015 chez 208 enfants montre une nette différence selon l’âge. La fracture du tibia proximal représentait 34 % des fractures chez les enfants de moins de 6 ans, contre seulement 6 % chez les plus grands. À l’inverse, les fractures du tibia distal concernaient 44 % des enfants de plus de 6 ans, contre 13 % des plus jeunes. Plus largement, les lésions du genou étaient prédominantes avant 6 ans, représentant 45 % des atteintes, tandis que celles de la cheville devenaient majoritaires après, avec 62 % des lésions.

Cette étude apporte également un argument supplémentaire en faveur du rôle joué par la présence de plusieurs sauteurs sur la toile. Dans 67 % des accidents, plusieurs enfants sautaient simultanément. Dans 61 % des cas, l’enfant blessé était le plus jeune des sauteurs présents sur la toile.

Lésion du coude, avec risque de complications neurovasculaires

Le coude n’est pas épargné par les accidents de trampoline chez l’enfant. Une étude norvégienne (2001-2004) chez 556 patients, dont l’âge moyen était de 11 ans, a mis en lumière les complications neurologiques et vasculaires des fractures du coude.

Parmi les 23 enfants ayant présenté une fracture supracondylienne de l’humérus, c’est-à-dire une fracture située juste au-dessus du coude, trois, tous âgés de moins de 10 ans, ont développé une neuropathie du nerf ulnaire (ou nerf cubital). Ce nerf, qui chemine à la face interne du coude, peut être atteint lors d’un traumatisme. Deux de ces enfants ont dû bénéficier d’une exploration chirurgicale du nerf, mais tous ont récupéré au cours des mois suivants.

Une complication vasculaire, encore plus rare, a été observée chez l’un des quatre patients présentant une luxation du coude. L’artère humérale, lésée, a dû être réparée au moyen d’une greffe veineuse. Ces complications sont peu fréquentes, mais leur gravité potentielle justifie un examen systématique de la circulation sanguine et de la fonction nerveuse du membre après toute fracture ou luxation du coude survenue sur un trampoline.

D’autres complications, beaucoup plus exceptionnelles, ont également été rapportées. Certaines concernent le thorax. Chez des enfants de 10 et 11 ans, une hyperflexion brutale du tronc sur la toile a ainsi provoqué une luxation de l’articulation manubrio-sternale (entre les deux parties supérieures du sternum) ou une fracture du sternum. L’évolution est généralement favorable, même si une stabilisation chirurgicale peut être nécessaire lorsque les douleurs persistent.

Plus préoccupante est la dissection de l’artère vertébrale. Ce vaisseau, qui apporte le sang au cerveau, peut être lésé lors d’une hyperextension avec rotation brutale du cou. Le traumatisme peut initialement paraître bénin : les symptômes neurologiques peuvent n’apparaître que 12 à 24 heures plus tard. La dissection peut alors entraîner la formation d’un caillot susceptible de migrer vers le cerveau et provoquer un accident vasculaire cérébral. D’où la recommandation : une douleur cervicale persistante après un accident de trampoline doit entraîner une évaluation médicale rapide, même en l’absence de signes neurologiques.

Enfin, une subluxation atlanto-axoïdienne a également été décrite chez des enfants sans antécédent de pathologie cervicale. Ce terme désigne un déplacement incomplet entre les deux premières vertèbres du cou (C1 et C2). Cette atteinte, rare, rappelle que les traumatismes cervicaux sur trampoline ne se limitent pas aux fractures.

Le trampoline est-il plus dangereux que les autres activités ?

Une étude du CHU de Rennes, publiée en 2019 dans les Archives de Pédiatrie, a comparé la gravité des accidents de trampoline à celle d’autres activités chez des enfants pris en charge aux urgences traumatologiques. Parmi les 1 106 enfants inclus entre juin et octobre 2016, 107 avaient été victimes d’un accident de trampoline, soit 9,7 % de la cohorte.

Le résultat principal surprend : le taux de fracture était quasiment identique entre les deux groupes. Le recours à la chirurgie, en revanche, était deux fois plus fréquent après un accident de trampoline, sans que cet écart atteigne le seuil de signification statistique, la cohorte étant sans doute trop restreinte pour le confirmer avec certitude. Les auteurs restent donc prudents : à eux seuls, ces chiffres ne permettent pas d’affirmer que le trampoline est plus dangereux que les autres loisirs sportifs de l’enfance.

En revanche, l’étude retrouve deux éléments déjà mis en évidence dans d’autres travaux. Le premier est la présence de plusieurs sauteurs sur la toile au moment de l’accident : les blessures étaient alors plus fréquentes que lorsqu’un enfant sautait seul. Le second est la surveillance par un adulte, qui était au contraire associée à un risque moindre de traumatisme grave. Pourtant, seuls 48 % des enfants de cette étude étaient surveillés au moment de l’accident. Près de la moitié avaient moins de 6 ans. Plus surprenant encore, dans cinq cas, l’adulte présent sautait lui-même sur le trampoline avec l’enfant.

Les auteurs citent à ce propos un modèle biomécanique particulièrement parlant, selon lequel un enfant de 25 kg sautant avec un adulte de 80 kg subit, à la réception, des contraintes comparables à une chute de 2,80 mètres (hauteur d’un premier étage). Il ne s’agit évidemment pas de dire que l’enfant effectue réellement une chute de cette hauteur, mais d’illustrer l’ampleur des forces exercées sur son squelette.

Cette illustration permet de mieux comprendre pourquoi les jeunes enfants sont particulièrement vulnérables à certains traumatismes, notamment aux fractures supracondyliennes de l’humérus et aux fractures métaphysaires proximales du tibia, deux lésions caractéristiques des enfants de moins de 6 ans dans cette série.

La position radicale de l’Académie américaine de pédiatrie

Une partie des recommandations présentées ici trouve son origine dans les prises de position de l’American Academy of Pediatrics (AAP) sur la sécurité du trampoline, publiée en 2012 et régulièrement réaffirmée depuis. La dernière mise à jour date de mars 2026.

Il importe de savoir que le trampoline moderne a été conçu pour un tout autre usage qu’un loisir pour enfants et adolescents. Breveté en 1945 par George Nissen, gymnaste de compétition, il était à l’origine destiné à l’entraînement des acrobates et des gymnastes, avant d’être utilisé pour la formation des aviateurs militaires américains. Son développement comme équipement de loisir familial est beaucoup plus récent. L’AAP estime que l’usage domestique récréatif diffère de la pratique sportive encadrée pour laquelle il a été conçu.

La première position de l’AAP, en 1977, est sans ambiguïté : elle demande l’interdiction du trampoline dans les programmes scolaires et en compétition. On observe dans les années qui suivent une baisse importante des accidents graves dans les registres américains de traumatologie sportive scolaire. Le plus grand fabricant américain cesse d’en vendre dès 1979. Entre 1978 et 1981, le nombre de traumatismes graves recensés dans ces registres passe de sept à zéro et les traumatismes crâniens et cervicaux chez les 5-14 ans diminuent de près des deux tiers.

En 1981, l’AAP assouplit sa position. Elle autorise alors un usage scolaire « limité et contrôlé », sous réserve de conditions strictes. Cette inflexion est suivie d’une remontée des accidents : le nombre d’enfants traités double entre 1990 et 1995. En 1999, l’Académie revient donc à une position plus restrictive et déconseille l’utilisation du trampoline à domicile, à l’école et dans les aires de jeux, sans pour autant demander une interdiction générale. Cette recommandation constitue depuis lors le socle de sa position.

Le document de l’AAP distingue très nettement le trampoline de loisir du trampoline de compétition, discipline olympique depuis 2000. Dans ce contexte, le matériel, l’environnement et l’encadrement sont très différents : le trampoline de compétition est installé dans une salle, entouré d’une zone de réception amortie, et la pratique s’effectue sous la supervision de professionnels. Les données concernant les accidents domestiques ne peuvent donc pas être directement transposées à cette pratique sportive encadrée.

L’AAP établit un parallèle intéressant entre le trampoline domestique et la piscine privée. Tous deux font partie de ce que les assureurs qualifient de « nuisances attractives » : des installations attirant les enfants vers un danger potentiel. Mais, alors que les mesures de sécurité autour des piscines - notamment la clôture isolant complètement le bassin - sont largement connues, celles concernant les trampolines le sont beaucoup moins.

L’AAP souligne également une donnée rarement citée ailleurs : la durée de vie annoncée des trampolines vendus dans le commerce est passée de dix ans en 1989 à cinq ans en 2004. Les garanties couvrent en outre généralement mieux le cadre et la toile que le rembourrage ou le filet de protection, qui constituent pourtant des éléments essentiels pour la sécurité.

Dans sa position actuelle, l’AAP maintient donc une recommandation particulièrement stricte : les pédiatres doivent déconseiller l’usage récréatif du trampoline à domicile. L’argument central est l’absence de preuve convaincante que les dispositifs de sécurité disponibles - filet, rembourrage, etc - réduisent suffisamment le risque de blessure pour rendre cette pratique acceptable. Cette position est plus radicale que celle de nombreuses autres équipes de recherche, qui insistent davantage sur la réduction des risques que sur l’interdiction pure.

Cette divergence apparaît clairement dans une étude norvégienne déjà citée, qui portait sur les fractures du coude. Ses auteurs refusent de recommander le bannissement du trampoline et estiment que le risque traumatique doit être mis en balance avec les bénéfices de l’activité physique, la sédentarité étant aussi un problème de santé publique.

Une correspondance publiée par des médecins brésiliens en mai 2026 dans la revue Pediatric Research introduit une nuance : le nombre brut d’accidents ne suffit pas à mesurer le danger d’une activité, il faut le rapporter au temps de pratique. Une fois ce calcul fait, le risque dans les parcs de trampoline respectant les normes de sécurité apparaît nettement plus faible qu’on ne le pense ; les accidents graves y restent rares. Cette nuance permet surtout d’éviter une opposition trop simple entre un trampoline intrinsèquement dangereux et un équipement sûr avec un filet. Les protections matérielles ont leur utilité, mais elles ne suppriment ni les mauvaises réceptions, ni les collisions entre sauteurs, ni les comportements à risque. Le filet, par exemple, empêche les éjections mais pas les accidents sur la toile.

Il en va de même pour la surveillance par un adulte. Elle est associée à une diminution du risque dans certaines études, mais elle ne constitue pas une protection absolue. Des accidents graves peuvent survenir alors même qu’un adulte est présent, y compris lorsque celui-ci connaît les règles de sécurité. Être présent ne signifie pas nécessairement surveiller efficacement : il faut pouvoir repérer une situation dangereuse et intervenir avant qu’elle ne provoque un accident. En outre, on ne surveille pas de la même façon des enfants de 10 ou 11 ans et des enfants plus jeunes.

L’enjeu est donc moins la simple présence d’un adulte que la qualité de cette surveillance. Laisser plusieurs enfants de poids très différents sauter ensemble, tolérer les saltos ou ne pas empêcher un enfant de quitter la toile en sautant revient à maintenir des situations dont on sait qu’elles augmentent le risque.

Le paradoxe des soignants face au trampoline

Reste une question : pourquoi, alors que le risque de blessures est connu, tant de familles l’acceptent-elles ? Publiée en 2025 dans Injury Prevention, une étude canadienne apporte un éclairage inattendu sur ce point, en interrogeant les personnes les mieux placées pour en mesurer les conséquences, à savoir des soignants eux-mêmes parents.
Menée auprès de 56 professionnels de l’urgence pédiatrique, médecins et infirmiers, tous parents d’enfants de 4 à 13 ans, cette étude dégage trois grands axes dans les discours recueillis : une conscience aiguë du danger, une pression sociale ambivalente et un effort constant pour concilier développement de l’enfant et sécurité.

Premier enseignement : la connaissance du risque ne détermine pas mécaniquement le comportement parental. Certains soignants interdisent tout trampoline à domicile, invoquant précisément ce qu’ils observent aux urgences. D’autres, à l’inverse, en installent un, souvent parce qu’ils ont eux-mêmes grandi avec un trampoline sans en avoir subi d’accident grave et n’ont pas été confrontés professionnellement à observer des complications sévères. L’exposition personnelle à un accident, vécu ou observé, pèse ainsi plus lourd dans la décision que la connaissance théorique du risque.

Deuxième enseignement : une pression sociale à double sens. Les parents qui refusent le trampoline craignent d’être jugés comme excessivement protecteurs, tandis que ceux qui l’autorisent redoutent le jugement de leurs pairs en cas d’accident. L’une des participantes, pédiatre urgentiste, raconte garder son trampoline familial secret vis-à-vis de ses collègues, consciente qu’un accident serait difficile à justifier. Cette double contrainte illustre le paradoxe : la connaissance du risque n’empêche pas la pression sociale d’influencer la décision.

Enfin, les parents qui autorisent le trampoline décrivent des stratégies de compromis assez cohérentes d’une famille à l’autre : un seul enfant sur la toile à la fois, interdiction des saltos non supervisés, filet de sécurité, éloignement de tout obstacle dur à proximité, présence d’un adulte à proximité. Ils estiment ainsi que le risque, qu’ils jugent acceptable, est comparable à celui du vélo ou d’une chute ordinaire lors d’un autre jeu.

Les auteurs en tirent une recommandation pour les messages de prévention : les statistiques et recommandations institutionnelles convainquent moins que les récits d’accidents vécus. Intégrer davantage ces témoignages dans les campagnes de sensibilisation rendrait le risque plus tangible. Parallèlement, cela déculpabiliserait les parents qui choisissent de restreindre l’accès au trampoline plutôt que de les faire passer pour excessivement prudents.

Un enjeu de santé publique

Si la grande majorité des traumatismes de trampoline sont bénins ou modérés, la rareté des accidents graves ne doit pas faire oublier que le risque existe. Les traumatismes du rachis cervical, certaines fractures du coude avec atteinte nerveuse ou vasculaire, les lésions du cartilage de croissance et, exceptionnellement, les traumatismes craniofaciaux majeurs peuvent avoir des conséquences durables.

Le cas du garçon de neuf ans dont une partie du visage a été arrachée par une clôture, évoqué en introduction, rappelle d’ailleurs que le danger ne réside pas uniquement dans le trampoline lui-même, mais aussi dans ce qui l’entoure.

Le trampoline doit être considéré comme une activité à risque pour les enfants. La fréquence de ces accidents, leur gravité et leurs circonstances de survenue méritent d’être connues des parents comme des médecins - non pas pour diaboliser chaque saut, mais pour rappeler qu’une activité en apparence banale expose à un risque réel.

En matière de prévention, plusieurs mesures simples permettent toutefois de réduire le risque : un seul enfant à la fois sur le trampoline ; proscrire les saltos et autres sauts périlleux ; ne pas sauter pour monter ou descendre du trampoline ; limiter le temps de jeu ; assurer systématiquement une supervision réelle par un adulte informé des risques ; entretenir régulièrement le matériel.

Pour en savoir plus :

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Marc Gozlan

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