L’excitation des journalistes postés depuis l’aube, le pupitre enfin installé devant le 10 Downing Street, les conseillers politiques et hauts fonctionnaires qui l’encadrent, l’air grave et résigné : les Britanniques sont devenus familiers de cette mise en scène, prélude à la chute d’un de leurs dirigeants. Lundi 22 juin, ce fut au tour de Keir Starmer de se poster devant la fameuse porte vernissée noire, pour y prononcer un bref discours de démission. Après Rishi Sunak, Liz Truss, Boris Johnson, Theresa May et David Cameron, il est le sixième premier ministre qu’a connu le Royaume-Uni en dix ans.
Cet ancien avocat des droits de l’homme, intègre mais piètre politique, aura tenu moins de deux ans, lâché par ses propres députés travaillistes, qui lui ont préféré le charismatique maire du Grand Manchester, Andy Burnham. C’est davantage que Liz Truss, qui détient le record du mandat le plus bref (quarante-cinq jours) de l’histoire britannique. Mais c’est moins que Boris Johnson, poussé à la démission par des scandales en juillet 2022, ou que Theresa May, terrassée par la négociation du Brexit avec Bruxelles.
Jusqu’au milieu des années 2010, les Britanniques s’enorgueillissaient d’avoir un des systèmes politiques les plus stables du monde occidental, avec un Parlement fonctionnel depuis le XIVe siècle et deux grands partis de gouvernement plus que centenaires, le Parti conservateur et le Parti travailliste. Les médias nationaux comparent désormais leur pays à l’Italie d’avant Giorgia Meloni ou même à la France de la IVe République. Comment l’expliquer ?
Le Royaume-Uni souffre des mêmes maux que d’autres démocraties, France ou Allemagne au premier rang : le pays a encaissé les chocs externes de la pandémie causée par le coronavirus, les crises énergétiques de la guerre en Ukraine et du conflit en Iran. Sa population est vieillissante, exaspérée par l’érosion de son pouvoir d’achat depuis la crise financière de 2008. Confrontés à ces frustrations que les réseaux sociaux exacerbent, les politiques n’ont que des réponses insatisfaisantes, leurs marges de manœuvre étant contraintes par des finances publiques très dégradées.
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