Les rebelles houthistes du Yémen, soutenus par l’Iran, ont déclaré, lundi 20 juillet, vouloir couper l’accès aux ports saoudiens de la mer Rouge. Les houthistes « annoncent un blocus maritime contre l’ennemi saoudien criminel, selon le principe “œil pour œil”, avec effet immédiat », a affirmé leur porte-parole militaire, Yahya Saree, sans préciser comment le mouvement comptait mettre en œuvre cette mesure qui menacerait la capacité du premier exportateur de pétrole brut au monde à contourner le détroit d’Ormuz, dont le passage est lui-même limité, de l’autre côté du pays, en raison du conflit entre l’Iran et les Etats-Unis.
L’annonce fait suite à des échanges de tirs entre les deux camps au Yémen la semaine dernière, mettant en péril la trêve négociée en 2022, toujours active malgré son expiration. Ces hostilités se sont enclenchées après la tentative d’atterrissage à Sanaa d’un avion iranien en provenance de Téhéran, défiant l’hégémonie saoudienne sur l’espace aérien yéménite.
Le ministère des affaires étrangères de la monarchie du Golfe a exprimé « la plus ferme condamnation du Royaume d’Arabie saoudite à l’égard des déclarations faites par le soi-disant porte-parole militaire de la milice terroriste houthiste (…) imposant un blocus maritime au Royaume ». Et de préciser que Riyad « continue de soutenir le peuple yéménite frère et son gouvernement légitime ».
L’ONU appelle à une « désescalade immédiate »
Intervenant au neuvième jour consécutif d’hostilités entre Washington et Téhéran d’une intensité inédite depuis le cessez-le-feu d’avril, ces menaces « contre la liberté de navigation (…) risquent de mener à une escalade régionale encore plus grande », s’est inquiété le porte-parole du secrétaire général de l’ONU, Stéphane Dujarric, appelant à une « désescalade immédiate ».
Selon le porte-parole houthiste, la mesure répond au blocus imposé par l’Arabie saoudite aux « ports et aéroports » des rebelles, ainsi qu’à l’attaque de l’aéroport de Sanaa. « Tout acte insensé commis par l’ennemi saoudien (…) se heurtera à une escalade globale et décisive », a-t-il affirmé.
« Même si aucun navire n’est attaqué, l’annonce risque à elle seule de perturber le trafic maritime et de semer le doute dans les ports saoudiens. La question cruciale reste de savoir si les houthistes passeront des menaces à l’action », estime Mohammed Al-Basha, du cabinet de conseil en gestion des risques Basha Report.
Le port saoudien de Yanbu, situé sur la mer Rouge, à l’ouest du pays, permet au royaume d’exporter son pétrole en évitant le détroit d’Ormuz, situé lui à l’est. S’il devenait effectif, le blocus accentuerait la pression sur l’économie saoudienne, et les marchés mondiaux, en coupant au royaume l’accès à ses ports de la mer Rouge, cruciaux pour le commerce pétrolier avec le quasi-blocage simultané du détroit d’Ormuz.
Précédentes tentatives
Les houthistes ont déjà tenté de bloquer le trafic maritime en mer Rouge, en tirant parti du détroit de Bab El-Mandeb, un goulet d’étranglement situé à son extrémité sud, que les navires doivent emprunter pour rallier le canal de Suez. Pendant la guerre à Gaza, ils avaient lancé des attaques de drones et missiles en mer Rouge et dans le golfe d’Aden, contraignant les bateaux à contourner l’Afrique pour rallier l’Europe.
Les houthistes avaient tiré le 13 juillet des missiles et drones contre l’aéroport international d’Abha, dans le Sud saoudien, en riposte à une attaque du gouvernement yéménite contre l’aéroport de Sanaa – la capitale qu’ils contrôlent – pour empêcher l’atterrissage d’un avion iranien transportant une délégation rebelle de retour de Téhéran. Les houthistes ont imputé cette attaque à l’Arabie saoudite, qui dirige une coalition militaire appuyant le gouvernement yéménite légitime.
Depuis plus d’une décennie, cette coalition contrôle l’espace aérien du Yémen, affirmant agir à la demande du gouvernement du pays. Déclenchée en 2014, la guerre entre ce dernier et les houthistes a fait des centaines de milliers de morts et plongé le pays dans une grave crise humanitaire.