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Les toiles de Frida Kahlo, la riche collectionneuse et un « ami » très intéressé : le Mexique s’inquiète du sort de ses trésors
Par Anne Vigna (Mexico, correspondante)RécitLe 8 septembre sera présentée en Espagne une partie de la plus importante collection d’art moderne mexicain constituée par Jacques et Natasha Gelman. L’avenir de cet ensemble à la valeur inestimable est aujourd’hui entre les mains de la banque espagnole Santander. Au Mexique, un collectif craint que les tableaux, pourtant considérés comme « patrimoine de la nation », ne soient plus jamais exposés chez eux.
L’histoire, si elle n’était pas tragique pour l’art mexicain, serait une excellente trame pour un roman policier. Tous les personnages et les ingrédients sont là : un habile muséographe new-yorkais abuse de la confiance d’une riche collectionneuse d’art, ne disposant plus de toutes ses facultés mentales, avec l’aide d’un notaire véreux. Il parvient à lui dérober son trésor, à la barbe de tout le gratin artistique, et le vend à un promoteur immobilier qui l’achète à crédit pour une bouchée de pain. L’art ne l’intéresse guère, mais il a besoin de liquidités et se sert des prestigieux tableaux comme garantie pour obtenir un prêt d’une puissante banque. Dans le dernier chapitre du polar, la société civile porte l’affaire en justice pour tenter de récupérer ce qui est considéré comme « le plus important ensemble d’art moderne mexicain ».
Cette histoire vraie est celle de la collection Jacques et Natasha Gelman, désormais dénommée « Gelman Santander », du nom de la banque espagnole, qui va en exposer une partie à partir du 8 septembre dans la ville de Santander, au nord de l’Espagne. Et les citoyens qui portent l’affaire en justice sont rassemblés dans le collectif Protégeons la collection Gelman. Il a porté plainte en juillet contre le contrat signé entre la banque Santander et l’Institut national des beaux-arts et de la littérature (Inbal) de Mexico, qui permet aux œuvres de voyager en Espagne, puis dans d’autres pays européens. Le collectif s’inquiète d’une possible acquisition de l’ensemble par la banque Santander.
Jacques Gelman, d’origine russe, et Natasha, son épouse d’origine tchèque, ont émigré au Mexique à la fin des années 1930, et fait fortune en produisant les films du célèbre acteur comique Cantinflas, en plein âge d’or du cinéma mexicain, dans les années 1940. Le couple a constitué trois collections d’art parmi les plus importantes au monde : une consacrée à l’art précolombien, une d’art moderne européen (Braque, Kandinsky, Miró, Dalí, Matisse…), et une d’artistes mexicains (Frida Kahlo, Diego Rivera, Rufino Tamayo, José Clemente Orozco, David Alfaro Siqueiros, María Izquierdo…).
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