“Certains sentiments et idées étaient constamment présents en moi, mais je n’avais pas le courage de les exprimer ou je ne savais pas comment le faire. C’est seulement grâce à cet album que j’ai pu, peut-être en ressentant une douleur suffisamment profonde, enfin les rassembler”, confie au Mail & Guardian Bongeziwe Mabandla. Le Sud-Africain sublime sa douleur par sa voix de velours sur Ndingubani.
Le titre de ce cinquième album, sorti le 11 juin, peut se traduire par “qui suis-je ?” Vaste question existentielle, qui prend la forme d’une tendre ballade poétique.
“Il y a quelque chose d’apaisant dans sa façon d’écrire : les récits en xhosa, longs et fluides, sont ponctués de clics dynamiques”, propres à cette langue, estime The Guardian. Une langue que Bongeziwe Mabandla a fait voyager vers des publics occidentaux avec succès, notamment à Paris, où l’artiste a élu domicile il y a deux ans et où il se produira en concert le 14 novembre. Issu de la scène indé de Johannesburg, dont il a été une voix innovante à l’aube des années 2010, Bongeziwe Mabandla a très vite conquis au-delà de son pays.
Retour aux sources
C’est d’ailleurs à l’occasion du début de sa tournée en Afrique que le Mail & Guardian l’a interviewé. Ndikhulule (“Dépression”) est “l’un des morceaux les plus significatifs” d’un album qui “équilibre le poids émotionnel avec une dualité sonique qui reflète son évolution musicale, à savoir la chaleur du folk acoustique aux côtés d’une production électronique”.
De sa dépression à sa vie loin de son pays natal en passant par son addiction à l’alcool, l’album explore autant ses épreuves passées et présentes que ses découvertes. “Je ne prétends pas avoir une vision claire [de qui je suis]. C’est un processus continu, une découverte de soi : plus on évolue, mieux on se comprend soi-même ; plus on agit, plus on met son esprit à l’épreuve”, explique-t-il au site Okay Africa.
Préserver le lien avec son héritage s’avère plus vital que jamais, maintenant qu’il réside à des milliers de kilomètres de ses proches. C’est pourquoi il a décidé de mettre à l’honneur sa mère et sa tante vêtues de tenues traditionnelles dans le clip de Yalwa. Un morceau où “tout est question d’héritage, de retour aux sources et de célébration des femmes de [s]a lignée”, explique-t-il au Guardian.
Une longue collaboration
Un sens de la communauté prégnant dans la musique même. L’accompagnant depuis son premier disque, le producteur et multi-instrumentiste mozambicain Tiago Correia-Paulo est de nouveau présent sur ce projet très intimiste, enregistré au domicile même de Bongeziwe Mabandla.
Celui-ci a apporté au chanteur “une architecture sonore qui a défini chacun de ses albums depuis : des paysages sonores épurés, teintés d’électronique, qui convenaient au silence et au calme de son approche acoustique, permettant ainsi à ses paroles de porter toute leur ampleur”, selon Okay Africa.
L’universalité de son message de “résilience et d’espoir ravivé”, comme il le raconte au Guardian, transcende ainsi les frontières de la langue, et, “grâce à son émouvante interprétation, son récit nous touche en plein cœur”.
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