L’édition du 30 juin d’Izvestia propose aux lecteurs russes une première de couverture ressemblant à un collage de confrontation médiatique. Autour de l’article principal, le quotidien favorable au Kremlin affiche des captures de titres du Financial Times, du Guardian et de Reuters comme des pièces à conviction.
Le titre, “La pression occidentale”, affiché en grand, porte une subtile ironie. À l’oreille russe, il évoque à la fois la “presse occidentale”, tout en renvoyant au “press”, au sens de pression, voire d’étau. Le sous-titre, selon lequel “les déclarations du président russe ont provoqué l’hystérie dans les médias étrangers”, suggère que les journaux étrangers ne se contentent pas de commenter les déclarations, mais chercheraient à mettre Moscou sous pression.
À l’origine de cette une, une interview de vingt-cinq minutes diffusée par le Kremlin le 28 juin, où Vladimir Poutine, en pleine campagne pour les législatives prévues pour le 20 septembre, prend la parole sur des sujets sensibles qu’il avait jusque-là évités. Il y a reconnu que les frappes ukrainiennes contre des sites d’infrastructures “créent des problèmes”. Poutine admet aussi “une certaine pénurie, mais [qui] n’est pas critique”, avant d’ajouter : “Il y a des dégâts.” Des propos aussitôt repris par la presse internationale. Le Financial Times souligne que “les drones ukrainiens causent des problèmes”, tandis que le Guardian insiste sur leur rôle dans les pénuries de carburant en Russie. L’agence britannique Reuters retient, elle, que Moscou comptait poursuivre son offensive “quelles que soient les propositions ukrainiennes”.
Pour Izvestia, ces titres auraient “délibérément ignoré” l’essentiel. Le quotidien reproche aux médias de s’“être accrochés” aux mots de Poutine, sans rappeler que “tous les sites endommagés sont restaurés assez rapidement”. Une information qui apparaît toutefois dans les corps des articles occidentaux, même si elle n’est pas toujours mise en avant dans les titres.
Ne pas freiner son offensive
Pourtant, depuis le début du mois de juin, les raffineries et les dépôts pétroliers sont régulièrement visés par Kiev, ce qui provoque des restrictions dans les stations-service russes. Selon Verstka, média indépendant russe en exil, des difficultés d’approvisionnement ou des restrictions touchent déjà 87 régions russes, ainsi que la Crimée annexée. Dans certaines zones, la vente d’essence en bidons étant interdite, les automobilistes doivent composer avec le carburant rationné par codes QR.
L’édition du jour d’Izvestia ne cherche donc pas seulement à défendre Poutine, elle élargit le sujet au front et aux négociations, évoquées par le président russe. Moscou refuse toute paix “aux conditions de Kiev ou des curateurs occidentaux”. Le dirigeant russe dit notamment avoir rejeté l’idée d’un “arrêt mutuel des frappes en profondeur”, jugeant “l’échange défavorable” à Moscou, car les ripostes russes seraient “beaucoup plus puissantes et douloureuses”.
Le journal conclut pourtant sur l’espoir d’une reprise de négociations avec l’Ukraine, mentionné par Poutine, par l’intermédiaire des négociateurs américains Steve Witkoff, émissaire spécial de Donald Trump, et Jared Kushner, gendre du président américain, tous deux attendus prochainement en Russie. Tandis que l’Europe, selon l’analyste politique Andrea Bianchi, du forum de discussion russe Club Valdaï, dit vouloir dialoguer avec Moscou mais “redoute de faire le premier pas”.
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