En Russie, la guerre en Ukraine s’étire jusqu’aux confins glacés de la Iakoutie, dans le nord-est de la Sibérie, où les rites ancestraux côtoient désormais les symboles militaires. Dans ce reportage, “Regionalnyï Aspekt” raconte la façon dont ce conflit bouleverse le quotidien d’habitants partagés entre résignation, loyauté et défiance envers le pouvoir central.
La route est bordée de bouleaux. Sur leurs branches, on a noué un grand nombre de rubans multicolores. Les conducteurs iakoutes s’arrêtent à cet endroit pour déposer une offrande symbolique – une pièce de monnaie ou une cigarette. Autrement, ils ne feront pas bonne route. À côté des arbres, un petit parking a été aménagé. Pendant tout le mois de décembre, au centre de la république de Sakha [aussi appelée Iakoutie], les températures descendent au-dessous de −50 °C.
Même les mésanges, qui se nourrissent près des bouleaux, sont blanchies par le givre. Le long de la route, la Léna, fleuve de Sibérie, a des reflets blancs, des vaches sont conduites à la file depuis l’étable bien chauffée jusqu’aux points d’eau, les pis garnis d’épaisses protections – afin que les trayons ne gèlent pas. Pour elles, on creuse des trous dans la glace, par de telles températures il faut le faire souvent.
Il semble que le paysage n’ait pas changé depuis des décennies : ce sont toujours les mêmes vaches tachetées, la Léna éternelle, le soleil faible qu’on peut regarder en face, presque sans plisser les yeux, et le craquement particulier des pas dans la glace solide. Mais dans l’arbre, parmi les offrandes colorées, on voit trembloter çà et là des rubans de Saint-Georges [décoration militaire datant de la R
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Sans engagement • Résiliable en ligneRegionalnyï Aspekt est un média indépendant lancé en avril 2025, consacré à la Russie “au-delà du périphérique moscovite”. Fondé par un collectif de journalistes établis dans les régions du pays, le site entend raconter la vie quotidienne à hauteur d’habitants, avec une attention particulière portée aux enjeux sociaux. Une partie de la rédaction poursuit son activité en “exil forcé”. Financé principalement par des subventions, le média revendique un attachement à l’honnêteté journalistique. Certains articles sont signés, à la demande de leurs auteurs, d’autres paraissent sous le couvert de l’anonymat pour des raisons de sécurité.
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