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OnlyFans dans “Euphoria” : qu’en pensent les travailleuses du sexe ?

D’“Euphoria” à “Margo a des problèmes d’argent” en passant par “Industry”, de plus en plus de séries mettent en scène des créatrices de contenus pour adultes pour la plateforme OnlyFans. Si certaines représentations reflètent assez fidèlement la réalité, des travailleuses d

OnlyFans dans “Euphoria” : qu’en pensent les travailleuses du sexe ?
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Séries. OnlyFans dans “Euphoria” : qu’en pensent les travailleuses du sexe ?

C’est un lieu commun de la série Euphoria que son réalisateur, Sam Levinson, se plaît à rappeler à grand renfort de scènes très – trop ? – crues (n’est pas Tarantino qui veut) : tout travail salarié serait de la prostitution.

C’est peut-être pour cette raison que, dans la saison 3 de la série, tous les personnages, ou presque, se livrent à des prestations sexuelles rémunérées, notamment sur OnlyFans.

Et Sam Levinson n’est pas le seul à s’intéresser à OnlyFans : de Margo a des problèmes d’argent à Industry, les créatrices de contenus pour adultes alimentent de nouveaux récits. Mais “qu’en pensent vraiment les travailleuses du sexe ?” s’interroge Dazed.

Pour celles et ceux qui ne font pas semblant de ne pas connaître (ou n’osent pas faire une petite recherche en navigation privée pour se renseigner) : OnlyFans est un service numérique payant de vidéos à la demande fondé en 2016 et initialement conçu pour mettre en relation des musiciens et des influenceurs avec leurs fans.

En 2017, “l’interdiction de la pornographie a été levée”, rappelle le site de la BBC. C’est là que les choses ont, pour ainsi dire, évolué : “Si la plateforme réunit toujours des personnes de divers horizons, depuis les coachs sportifs jusqu’aux chefs, ce sont bien ses créateurs de contenu pour adultes, à temps plein ou partiel, qui ont porté sa croissance.”

Dans Margo a des problèmes d’argent, l’héroïne éponyme se tourne vers OnlyFans pour une raison très simple : mère célibataire, elle peine à trouver du travail et finit par se créer un compte.

Résultat : “L’argent coule à flots lorsqu’elle commence à proposer aux fans masculins des critiques acerbes de leur pénis ainsi que des vidéos dénudées inventives filmées par sa colocataire”, décrit la BBC.

Si le scénario de Margo a des problèmes d’argent paraît crédible, c’est parce qu’il reflète la réalité de certaines femmes. Rebecca Goodwin est créatrice de contenu pour OnlyFans depuis 2019, et son histoire fait écho à celle de Margo. “C’était difficile de trouver un travail compatible avec les horaires de l’école”, livre-t-elle à la BBC.

Cependant, “tout le monde pense qu’on devient riche immédiatement, mais on entend peu parler des revenus moyens”, déplore-t-elle auprès de la BBC.

En 2024, le salaire moyen tournait autour de 108 dollars (92 euros) par mois.

“Il faut donc se figurer le nombre de personnes qui le pratiquent comme une simple activité annexe ou les gens qui le font par désespoir. Cela représente bien plus de personnes que celles qui gagnent des millions.”

“On constate que le même problème revient de manière récurrente : les histoires des travailleuses du sexe sont racontées par des personnes qui n’exercent pas cette activité, regrette dans Dazed Maedb Joy, fondatrice de la compagnie Sexquisite Events. Elles sont donc mal représentées, ce qui cause du tort à la communauté.”

C’est pour ça que Dazed a demandé à des travailleuses du sexe et à des créatrices de contenus ce qu’elles pensaient de la dernière saison d’Euphoria.

Verdict ? Mitigé. Autrement dit : si certaines se réjouissent de la représentation des travailleuses du sexe dans l’une des séries phares de HBO, elles déplorent tout à la fois les stéréotypes et la stigmatisation à l’œuvre dans la série.

“Nous essayons de sensibiliser les gens à l’importance de notre sécurité et à la valeur de notre travail, et nous tentons de faire de nos lieux d’exercice des endroits consacrés à l’organisation collective et à la protection des droits du travail”, rappelle Stacey Clare, fondatrice d’East London Stripper Collective.

“Puis ce genre de série vient tout détruire avec une nouvelle couche de stigmatisation sociale, en envoyant un message dépassé selon lequel le travail du sexe est intrinsèquement dangereux et violent, mais constituerait aussi un grand malheur pour toute personne qui s’aventurerait dans ‘ce monde’.”

Euphoria insinue que les travailleuses du sexe peuvent publier n’importe quel contenu en ligne pour accumuler les vues sur leur compte, mais c’est faux.”

Reed Amber, travailleuse du sexe, éducatrice et coanimatrice du podcast Come Curious, au magazine britannique Dazed

“On a l’impression que les travailleuses du sexe sont toujours victimes de manipulation, fulmine Pamela Blonde dans Dazed. Il n’existe pas de représentation de travailleuses du sexe qui maîtrisent réellement leur travail. C’est toujours dangereux et coercitif. Je dirais également qu’il n’y a aucune compréhension des nuances entre les différents types de travail du sexe.”

“C’est comme si tout le monde tirait profit de nos histoires, mais nous ne sommes jamais autorisées à les raconter de notre point de vue”, regrette encore Maedb Joy.—

Éloïse Duval
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