Je viens de passer deux jours agréables à Porto-Vecchio (Corse du Sud) à l’occasion d’un forum de mathématiques organisé par l’association Mattu di Mat’ (« dingue de maths » en corse). Imaginez 1 700 élèves, du primaire à la terminale, qui parlent de géométrie, d’infini, de probabilités, d’algorithmes, de symétries, de jeux, de paradoxes, de propagation des épidémies, de vaccins, ou encore d’intelligence artificielle. Ils ont manipulé, discuté et se sont bien amusés. Beaucoup levaient la main et voulaient comprendre. L’atmosphère était joyeuse. J’ai même assisté à une pièce de théâtre sur les femmes scientifiques, qui m’a beaucoup touché, jouée par des élèves de 5e.
Quel contraste avec ce que j’entends quotidiennement : « Moi, j’étais nul en maths. » La formule arrive souvent accompagnée d’un demi-sourire gêné, comme s’il allait de soi qu’on puisse vivre toute sa vie avec une forme de blessure scolaire liée aux mathématiques. Les mathématiques demeurent, pour beaucoup, associées à l’angoisse, au tri social, à la sélection, et parfois à l’humiliation. On voit même apparaître, dans certains discours politiques contemporains, une forme de méfiance envers les faits eux-mêmes et les raisonnements élémentaires.
Bien sûr, les mathématiques sont une discipline abstraite, et parfois difficile. Mais leur rôle dépasse de très loin la formation des futurs mathématiciens. Elles participent à la formation du jugement, du rapport à la preuve, aux ordres de grandeur et à l’esprit critique. Dans un monde saturé de chiffres, de statistiques et désormais d’intelligence artificielle, il devient inquiétant qu’une partie significative de la population entretienne avec elles un rapport de défiance ou de résignation. Le véritable enjeu n’est pas de former davantage de scientifiques, mais de permettre à chacun de ne plus dire un jour, presque avec fierté, « les maths, ce n’était pas pour moi ».
Image de la discipline
Le plus frappant, à Porto-Vecchio, n’était d’ailleurs pas tant le contenu scientifique que l’ambiance. Les intervenants, enseignants du secondaire ou universitaires, étaient là bénévolement, et transmettaient non seulement des connaissances, mais aussi un plaisir. Et les élèves le sentaient immédiatement. Voir des adultes parler de mathématiques avec enthousiasme change profondément l’image de la discipline.
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