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Géopolitique

Stéphanie Balme, politiste : « Les Etats-Unis et la Chine sont deux systèmes qui tendent à converger et à s’hybrider »

Le risque pour l’Europe tient moins à l’affrontement entre Washington et Pékin qu’à l’émergence d’un modus vivendi entre les deux empires, certes rivaux mais fonctionnant selon des logiques de plus en plus équivalentes, estime la spécialiste de la Chine dans une tribune au « Monde ?

Stéphanie Balme, politiste : « Les Etats-Unis et la Chine sont deux systèmes qui tendent à converger et à s’hybrider »
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La visite de Donald Trump à Pékin a suscité en Europe (y compris en France) un flot de commentaires aussi prévisibles que décevants. Comme souvent face aux relations sino-américaines, le regard européen oscille entre fascination et inquiétude, comme si le rapport de force entre Washington et Pékin se jouait sur une scène mondiale dont l’Union européenne ne serait qu’un simple élément de décor. Profondément ancrée, cette posture est à la fois paralysante et périlleuse, pour l’Europe et au-delà, car elle occulte les effets globaux de l’affaiblissement d’un modèle politique singulier fondé sur le pari de la puissance par la paix et la liberté.

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Le risque majeur pour l’Europe ne tient pas tant à l’affrontement entre les Etats-Unis et la Chine qu’à l’émergence d’un ordre dans lequel ces deux puissances finiraient par s’accommoder l’une de l’autre et organiser le monde selon une logique de concertation impériale. Dans un tel scénario, l’Europe serait reléguée au rang de périphérie normative : relativement prospère, régulatrice, mais politiquement marginalisée.

Or rien ne condamne mécaniquement l’Union européenne à ce rôle. Elle demeure un marché et un espace incontournables tant pour les Etats-Unis que pour la Chine. Par ailleurs, elle continue d’incarner, aux yeux d’une grande partie du monde, un modèle sociopolitique singulier, fondé sur la paix, l’Etat de droit, les libertés publiques et l’Etat social. Un modèle qui ne se confond ni avec le capitalisme d’Etat chinois ni avec le capitalisme américain, à la fois darwinien et messianique.

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Ainsi, ce qui structure aujourd’hui la relation entre Washington et Pékin relève moins d’un affrontement idéologique entre deux modèles radicalement opposés que d’une compétition de puissance entre deux systèmes qui tendent, sur plusieurs dimensions-clés, à converger. La rivalité demeure, mais elle s’inscrit de plus en plus dans des logiques d’hybridation et d’influences croisées.

Au cours du XXe siècle, la Chine a étudié puis adapté les principaux instruments de la puissance américaine : le complexe militaro-industriel, les universités de rang mondial, le capital-risque, les écosystèmes d’innovation, ainsi que le financement massif de la recherche et des technologies stratégiques. La stratégie engagée par Deng Xiaoping, à la suite de la reconnaissance officielle de la République populaire de Chine par les Etats-Unis en 1979, reposait précisément sur cette appropriation sélective des leviers de la puissance américaine, dans une logique de rattrapage et de montée en capacité.

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