Sous l’acclamation de ses partisans venus l’accueillir, l’ancien Premier ministre thaïlandais Thaksin Shinawatra est sorti de prison le 11 mai au matin. Figure emblématique de la vie politique du royaume depuis vingt ans, il avait été condamné à un an de prison en septembre dernier par la Cour suprême pour abus de pouvoir et conflit d’intérêts.

Sa libération est l’épilogue d’un rocambolesque jeu d’alliances et de négociations sur la scène politique du royaume. Âgé de 76 ans, Thaksin a bénéficié d’une sortie anticipée après avoir purgé les deux tiers de sa condamnation. Désormais, il portera un bracelet électronique jusqu’au terme de sa peine, en septembre prochain.

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Arborant un large sourire, l’ancien Premier ministre a immédiatement embrassé sa plus jeune fille, Paetongtarn Shinawatra, elle-même ancienne Première ministre (2023-2025), ainsi que d’autres membres de sa famille, avant de se mêler aux centaines de ses partisans rassemblés devant la prison, raconte Nikkei Asia. “Nous aimons Thaksin !” criait la foule.

Aux journalistes qui le suivaient, il a déclaré :

“Je suis resté en hibernation pendant environ huit mois. Je ne me souviens de rien.”

Machine politique

Ancien policier reconverti en homme d’affaires dans les télécommunications, Thaksin Shinawatra est le fondateur d’une dynastie politique qui domine le pays depuis plus de vingt ans. Il avait fait une entrée tonitruante sur la scène politique en 2000 avec son parti, alors appelé “Thai Rak Thai”, en proposant des mesures populistes inédites. Élu Premier ministre en 2001, puis réélu en 2005 avant d’être renversé par l’armée en 2006, Thaksin s’est exilé deux ans plus tard.

Son style et ses propositions représentaient une véritable remise en cause du statu quo de l’establishment politique alliant les partis traditionnels au palais royal et à l’armée. Les affrontements parfois violents entre ses partisans, les chemises rouges, et les soutiens des partis traditionnels, les chemises jaunes, avaient culminé en 2008 et 2010.

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En août 2023, au terme d’une alliance contre nature entre populistes et conservateurs, il était revenu d’exil, son parti ayant formé une coalition hétéroclite avec ses anciens ennemis. Un accord trahissant la volonté populaire. Car, lors des élections de mai 2023, les électeurs avaient plébiscité le parti réformateur Move Forward, évincé du pouvoir par l’alliance entre le Pheu Thai de Thaksin et les conservateurs.

Thaksin avait accepté de purger sa peine. Mais, sans même passer une nuit en prison, il avait été transféré à l’hôpital général de la police arguant d’une mauvaise santé. Il y était resté six mois, jusqu’à obtenir une libération conditionnelle en février 2024, rappelle le Bangkok Post. Un traitement de faveur perçu comme abusif par de nombreux Thaïlandais.

Le 9 septembre 2025, la Cour suprême lui avait ordonné d’exécuter réellement sa peine. C’est désormais chose faite. Reste à savoir quel rôle il entendra jouer sur la scène politique.

Fin d’une ère ?

“Le milliardaire sort de prison dans un paysage politique transformé”, estime le South China Morning Post. “Son charisme électoral est bien affaibli, en particulier auprès des jeunes Thaïlandais, qui le considèrent comme un représentant de l’ordre ancien ayant étouffé leurs aspirations démocratiques” incarnées par Move Forward.

Cette libération redonnera-t-elle des couleurs à la machine politique du clan Shinawatra, le Pheu Thai ? Lors des élections législatives de février dernier, le parti a remporté 74 sièges, sa pire performance électorale, avec un score en nette chute par rapport aux 141 sièges obtenus lors du précédent scrutin, en 2023.

Le Pheu Thai fait désormais partie de la coalition minoritaire au sein du gouvernement d’Anutin Charnvirakul. Ce dernier a affiché son respect pour l’ancien Premier ministre. Les deux hommes ont travaillé ensemble pendant une vingtaine d’années, détaille le média en ligne Thai Enquirer. Répondant aux questions de journalistes, Anutin Charnvirakul n’a d’ailleurs pas exclu de consulter son prédécesseur sur certains dossiers.