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« L’Observatoire de l’immigration et de la démographie pratique une sélection biaisée des données pour nourrir un discours alarmiste »

Un collectif d’universitaires spécialistes des migrations alerte, dans une tribune au « Monde », sur les méthodes de l’OID qui leur semblent relever d’un projet politique bien davantage que d’une analyse scientifique.

« L’Observatoire de l’immigration et de la démographie pratique une sélection biaisée des données pour nourrir un discours alarmiste »
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Nous, chercheuses et chercheurs spécialistes des questions migratoires, membres de l’Institut Convergences Migrations-CNRS (ICM), acteurs du monde académique, tenons à alerter sur les dangers d’une instrumentalisation croissante de la science à des fins idéologiques. Sur un sujet aussi sensible politiquement que celui des migrations, la vigilance s’impose. L’Observatoire de l’immigration et de la démographie (OID), dont le directeur Nicolas Pouvreau-Monti publie Immigration : mythes et réalités [Fayard, 288 pages, 21,90 euros], se présente comme un acteur « rationnel et dépassionné », revendiquant « rigueur scientifique et indépendance politique ».

Pourtant, son site Web révèle une stratégie de flou délibéré : nulle part n’y sont précisés sa méthodologie, ses critères de validation ni ses orientations politiques, pourtant partisanes. Son conseil scientifique ne compte aucun chercheur en poste en sciences sociales ou en démographie. On y trouve surtout des hauts fonctionnaires, d’anciens diplomates et des essayistes, dont les compétences relèvent davantage de l’action publique que de la recherche. Cette ambiguïté n’est pas anodine : en évitant de se revendiquer explicitement comme « scientifique », l’OID échappe aux exigences de transparence et d’évaluation par les pairs, tout en empruntant les codes de la science (chiffres, graphiques, références aux institutions statistiques) pour légitimer ses prises de position.

Sous le couvert de l’objectivité, l’OID pratique une sélection biaisée des données – privilégiant les chiffres absolus aux proportions, isolant des tendances sans contexte historique ou comparatif –, une interprétation orientée des statistiques – omettant les nuances, exagérant les ordres de grandeur – et une généralisation abusive de cas particuliers pour nourrir un récit alarmiste.

Ainsi, une note de 2023 affirme que la France serait « le deuxième pays de l’UE le plus attractif pour les migrants derrière l’Allemagne », en s’appuyant sur des chiffres absolus de demandes d’asile. Pourtant, une analyse proportionnelle – règle d’or en démographie –, qui correspondrait ici au nombre de demandes par habitant, place la France au 12e rang sur la décennie 2014-2024, loin derrière des pays comme la Suède, l’Allemagne ou l’Autriche.

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