En direct Jeudi 18 Juin 2026
Géopolitique

« Un exemple de “résistance affective” face aux inégalités toujours plus grandes de l’accueil et du soin des personnes »

Le feuilleton littéraire de Tiphaine Samoyault, à propos de « Rassemblement familial », de Marie-Caroline Saglio-Yatzimirsky, récit de l’accueil durable, par l’autrice et les siens, d’une famille guinéenne en difficulté avec l’administration française.

« Un exemple de “résistance affective” face aux inégalités toujours plus grandes de l’accueil et du soin des personnes »
HaitiCreoleRadio.com

« Rassemblement familial. Bref récit d’une hospitalité française », de Marie-Caroline Saglio-Yatzimirsky, L’Aube, 236 p., 22 €, numérique 15 €.

Pendant près d’un an, une famille française a accueilli dans sa maison du Gâtinais une famille guinéenne qui, à la suite d’une petite erreur administrative, s’était retrouvée dans une situation inextricable et au bord du plus grand dénuement. Rien ne prédisposait Marie-Caroline Saglio-Yatzimirsky à écrire ce récit et en même temps tout l’y conduisait. Anthropologue, spécialiste des questions d’inégalités urbaines en Inde et au Brésil, professeure à l’Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco), elle travaille aussi une journée par semaine comme psychologue clinicienne à l’hôpital Avicenne (Seine-Saint-Denis) auprès d’exilés traumatisés. Il a pu lui arriver parfois d’héberger temporairement des étrangers en difficulté ou en attente de régularisation. Cette fois, l’expérience de l’accueil est différente : elle a des chances de durer et il y a des enfants. La rencontre de ces deux familles, si solides l’une et l’autre malgré leur histoire très différente, rend magnifique une aventure de l’hospitalité où chaque personne est un hôte : un exemple de « résistance affective » (pour reprendre l’expression de l’anthropologue Chowra Makaremi) face aux inégalités toujours plus grandes de l’accueil et du soin des personnes.

Ibrahim Diallo, peul persécuté sous le régime d’Alpha Condé en Guinée, où il a fait de la prison, demande l’asile en France en 2019 et obtient très vite un titre de séjour de dix ans. Après avoir trouvé un travail et un logement, il sollicite une réunification familiale (nom que prend le regroupement dans les situations d’asile politique), pour faire venir sa femme et ses cinq enfants restés à Pita. Trois ans plus tard, les démarches administratives accomplies et les obstacles levés, la famille arrive de Guinée. Pourtant, pour une case mal cochée sur un formulaire – le mariage coutumier, reconnu par l’administration guinéenne, est transformé en mariage religieux, non reconnu –, les portes de l’asile se ferment et toute la famille, à l’exception du père, se retrouve sans papiers. Le jour où celle-ci se fait expulser de son appartement par un logeur agressif, Ibrahim trouve la ressource d’appeler celle qu’il avait vue régulièrement lors de ses consultations hospitalières, Marie-Caroline Saglio-Yatzimirsky. Avec son mari et ses trois enfants, elle vient d’acheter une grande maison dans le Gâtinais (sud-ouest de Paris). Ensemble, ils ouvrent leur porte.

Il vous reste 53.69% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Article précédent Lunettes éclipse : l'Association française d'astronomie aler… Article suivant JO 2030 : « Une montagne de lumière » pour emblème des Jeux …

Commentaires (0)

Laisser un commentaire

0 / 2000 caractères

Aucun commentaire. Soyez le premier !