Une campagne politique satirique fait sensation en Inde. Tout est parti d’une blague, qui semble désormais prendre une tournure bien plus sérieuse. Le Parti populaire des cafards (Cockroach Janta Party), créé à la mi-mai en réponse aux propos du plus haut magistrat du pays, qui comparait les jeunes chômeurs à des cafards, est devenu viral.
“Il y a des jeunes comme des cafards, qui ne trouvent ni emploi ni place dans le monde professionnel, avait jugé Surya Kant. Certains se tournent vers les médias, d’autres vers les réseaux sociaux, le militantisme pour le droit à l’information ou d’autres formes d’activisme, et ils s’en prennent à tout le monde.”
Ces déclarations ont suscité un tollé. Au 27 mai, le compte Instagram du Parti populaire des cafards rassemble déjà plus de 22 millions d’abonnés, devançant ainsi le Bharatiya Janata Party (parti au pouvoir) et le parti du Congrès national indien, qui comptent respectivement 9,3 millions et 13,5 millions d’abonnés.
“La voix des fainéants et des chômeurs”
La campagne se décrit sur les réseaux sociaux comme un “front politique de la jeunesse, par la jeunesse, pour la jeunesse”, explique Scroll. Avec pour slogan “La voix des fainéants et des chômeurs”, le Parti populaire des cafards prétend représenter ceux que “le système a oublié de prendre en compte”, poursuit The Hindu. Sans aucun mécène et avec cinq revendications, il se présente comme “un immense essaim obstiné”.
Les quatre critères pour pouvoir rejoindre cette formation sont les suivants : être sans emploi, paresseux, accro à Internet et capable de tenir des propos incendiaires avec brio.
“Notre vision est encore en développement. Sur le plan idéologique, nous sommes une organisation laïque, socialiste, démocratique et anti-castes”, explique Abhijeet Dipke, le fondateur du mouvement. Le jeune homme, stratège en communication politique et étudiant à l’université de Boston, affirme que l’idée lui est venue sur le ton de la plaisanterie, précise la BBC.
“Avant de s’installer aux États-Unis, il a travaillé avec le parti Aam Aadmi (AAP), une organisation politique issue d’un mouvement anticorruption lancée en Inde il y a plus de dix ans et connue pour sa forte présence sur les réseaux sociaux”, poursuit le site Internet du média britannique.
L’ascension fulgurante du Parti populaire des cafards a surpris plus d’un observateur. “Je pense que l’indignation vient de la frustration qui couve depuis quelques années au sein de la population. La crédibilité de toutes les institutions est fortement remise en question”, explique Abhijeet Dipke.
Car, derrière l’humour, ce mouvement défend des revendications politiques claires : la réforme des médias, la transparence électorale et une meilleure représentation des femmes. Ces demandes côtoient l’autodérision sur le doomscrolling, le chômage et le désenchantement politique général.
En Asie du Sud, ces dernières années ont été marquées par des vagues de manifestations menées par des jeunes, qui ont renversé des gouvernements au Sri Lanka, au Népal et au Bangladesh, et souvent alimentées par la colère face au chômage, au coût de la vie et aux incertitudes quant à l’avenir.
De quoi faire peur au gouvernement du Premier ministre Narendra Modi ? Le compte X du Parti populaire des cafards a été bloqué en Inde “en réponse à une demande légale”.
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