Bio Suisse a fini par capituler. Considéré comme l’un des labels bio les plus exigeants au monde dans ses critères, il vient de les assouplir pour donner un peu d’air aux agriculteurs, qui peinent à nourrir leurs troupeaux. L’association autorise désormais ses membres à donner jusqu’à 50 % d’aliments non certifiés aux animaux pour pallier la pénurie de fourrage. Symbolique, la décision se comprend en traversant le pays en train, un choc visuel. Aux plaines et alpages verdoyants de l’imaginaire collectif helvétique, constellés de troupeaux de bovins bien gras, ont succédé des territoires étiques couleur jaune savane, pétrifiés par trois mois sans pluie. Le château d’eau de l’Europe (la Suisse abrite 6 % des réserves d’or bleu du continent) a soif.
L’image de l’été est celle de deux hélicoptères Super Puma de l’armée de l’air effectuant début août plusieurs centaines de rotations dans le canton de Fribourg pour livrer 100 000 litres d’eau à quatre estives de moyenne montagne. Les autorités assument la contradiction qui consiste à émettre fortement du dioxyde de carbone en recourant à ces appareils et entretenir ainsi le réchauffement climatique qui a assoiffé les bovins, en soulignant l’importance de la présence animale dans les alpages, et pas seulement pour la carte postale. Les troupeaux entretiennent le paysage, limitent la hauteur de l’herbe et contribuent à réduire le risque d’avalanches.
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