Cette semaine, une affaire judiciaire née en Espagne défraie la chronique au Venezuela. Il s’agit de la mise en cause de l’ancien chef du gouvernement espagnol de 2004 à 2011, José Luis Rodríguez Zapatero, accusé d’avoir monté un véritable système de trafic d’influence pour monnayer ses services dans le cadre du renflouement d’une petite compagnie aérienne nommée Plus Ultra Líneas Aeréas, à hauteur de près de 53 millions d’euros.
Selon le journal vénézuélien El Nacional, cette affaire “a des implications directes au Venezuela comme peu d’affaires judiciaires sur le continent européen”, puisqu’une partie des fonds aurait servi à blanchir de l’argent détourné des caisses du pays sous le mandat de Nicolás Maduro (2013-2026). Le tout alors que le Venezuela traversait une crise économique profonde, qui a poussé plus de 8 millions de ses habitants à l’exil.
“Médiateur” entre l’opposition vénézuélienne et le gouvernement
L’argent détourné proviendrait notamment du programme alimentaire pour les plus démunis, Clap, et de la vente irrégulière d’or de la Banque centrale, alors sous sanction des États-Unis. Une situation qui a conduit la cheffe de l’opposition, María Corina Machado, à déclarer au journal espagnol El Mundo que “cette affaire fait partie du pillage le plus cruel de l’histoire de l’humanité”.
D’autant que Plus Ultra Líneas Aeréas est liée au Venezuela à travers son fondateur et principal actionnaire, le Vénézuélien Rodolfo Reyes, et également parce qu’elle opérait des vols entre Madrid et Caracas à une époque où les compagnies aériennes desservaient moins le pays, précise El Independiente.
Zapatero, lui, est loin d’être un inconnu à Caracas. Proche de Hugo Chávez (mort en 2013), il a encore pris du galon sous Maduro, son successeur. Efecto Cocuyo rappelle que “l’ancien chef du gouvernement [espagnol] s’autoérigeait comme principal médiateur entre le gouvernement et l’opposition, offrant ses bons offices afin de promouvoir le dialogue et la libération de certains prisonniers politiques, justement durant les années où le nombre de détenus sans jugement, les disparitions forcées, les tortures et pratiquement tous les types de violation des droits de l’homme se sont multipliés”.
“Gigantesque réseau de corruption”
Son rôle irait même plus loin, si l’on en croit Julián Martínez, présenté par la justice espagnole comme l’“homme de terrain” de Zapatero, dont les carnets, saisis par la justice et cités par The Objective, indiquent que l’ancien chef du gouvernement socialiste aurait tenté d’organiser un plan visant à réformer l’État vénézuélien pour permettre à Maduro de se maintenir au pouvoir après sa réélection de 2024, entachée d’accusations de fraude.
Et même si aucun lien n’est pour l’instant directement établi entre ces fonctions politiques et l’affaire de la compagnie Plus Ultra Líneas Aeréas, certains opposants se demandent au Venezuela si les bons offices de Zapatero étaient vraiment désintéressés, alors que l’ancien président du gouvernement clame son innocence.
Tandis que l’arrestation de Nicolas Maduro lors d’un raid américain à Caracas le 3 janvier 2026 facilite la divulgation d’affaires jusqu’alors tenues secrètes, “ce scandale menace de faire éclater au grand jour un gigantesque réseau de corruption qui a pillé le Venezuela pendant des années”, avertit à son tour le dirigeant politique d’opposition Omar González Moreno, cité par La Patilla.
Le Venezuela est devenu la première colonie économique du XXIᵉ siècle
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