Inde. La guerre des statues des suprémacistes hindous
Elles apparaissent du jour au lendemain, sur une place centrale, au milieu d’un carrefour, en toute illégalité.
Au point que “l’administration du district de Solapur [dans le centre de l’Inde] a dû sévir contre les pouvoirs locaux pour leur incapacité à empêcher l’apparition soudaine de statues du roi Shivaji”, note le quotidien indien Hindustan Times.
Mais c’est plus largement “toute l’Inde [qui] est en proie à une véritable ferveur pour ces statues de Shivaji”, relève The New York Times.
Shivaji est un guerrier hindou du XVIIe siècle, célèbre pour ses révoltes victorieuses contre l’empire moghol, lequel avait uni et gouverné l’Inde à partir du XIVe siècle.
Mais, de tradition musulmane, il est honni par l’actuel gouvernement suprémaciste hindou de Narendra Modi. C’est en ce sens qu’il faut comprendre le culte actuel voué à Shivaji.
Les statues martiales érigées en son honneur, généralement par des militants d’extrême droite organisés en commandos, “symbolisent les progrès accomplis par le mouvement ‘Hindou d’abord’ du gouvernement dans le démantèlement des principes laïcs et démocratiques sur lesquels l’Inde a été fondée”, résume le New York Times.
Ces militants voudraient faire de Shivaji “un défenseur sacré de l’hindouisme contre les envahisseurs : les Moghols venus de l’est et les colonialistes occidentaux venus de la mer”.
Les statues surgissent partout, dans les villes côtières ou le long des frontières. Et peuvent mesurer jusqu’à cent mètres de haut.
Sur les pentes de l’Himalaya, l’une d’elles se dresse à l’endroit où 20 soldats indiens ont trouvé la mort lors d’un affrontement avec les forces chinoises en 2020.
Au milieu de nulle part, le guerrier fait face à la Chine, épée levée, prêt à attaquer.
Sur le plan intérieur, certaines de ces statues “sont érigées à des endroits précis pour semer la peur et affirmer la domination d’une communauté sur les autres”, témoigne un représentant des castes inférieures auprès du magazine India Today.
Les premiers en ligne de mire : les membres de la minorité musulmane, associée à la dynastie moghole. Ils représentent 16 % de la population, mais sont la cible de discours de haine et de politiques discriminatoires de la part du gouvernement de Narendra Modi.
Pour autant, l’héritage de ce roi guerrier est “largement déformé pour servir les desseins de ceux qui veulent faire de l’Inde une nation hindoue”, signale le New York Times. Et pour cause : il s’agissait surtout “d’un dirigeant pragmatique, qui intégra de nombreux musulmans à sa cour et combattit des rivaux hindous”.
“Shivaji seraitprofondément troublépar les affirmationsmodernes selon lesquellesil aurait combattupour les hindous.”
Audrey Truschke, professeure en études sud-asiatiques à Newark, dans le New York Times
Parfaitement illégales, les érections de ces statues bénéficient de la bienveillance du pouvoir. Le Deccan Herald, le grand quotidien de Bangalore, rapporte un récent incident où les caméras de surveillance ont étrangement été coupées au moment exact où des militants installaient leur mémorial. Lequel est toujours dressé sur une place centrale, juste en face… du poste de police.—
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