Durant soixante ans, Bernadette Chirac accepta d’être l’épouse fidèle de celui qui fut Premier ministre et maire de Paris avant de devenir président de la République. En mai 1977, tout juste installée à l’Hôtel de Ville de Paris, Bernadette Chirac répondait à un journaliste qui l’interrogeait sur son rôle auprès de son époux, nouveau maire de la capitale : “Je ne veux pas jouer le rôle d’une potiche ! ” “Tout est déjà dit”, commente La Libre Belgique.

Après le décès de l’ex-première dame, morte dans la soirée du vendredi 5 juin, “paisiblement, entourée des siens”, selon sa fille Claude, le quotidien belge brosse le portrait d’“une femme de devoir, mais pas de silence”. Une fidèle épouse, “mais pas effacée”.

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Sur la personnalité et la place occupée par l’ex-première dame, le journal a interrogé l’historien Jean Garrigues, président du Comité international de l’histoire des Assemblées, qui témoigne : “Elle avait une volonté d’autonomie et d’émancipation finalement assez moderne par rapport à son éducation et à son époque.”

Issue d’une double lignée anoblie sous Napoléon III, Bernadette Chodron de Courcel a “bravé d’emblée les attendus familiaux en épousant, en 1956, un homme sans particule, Jacques Chirac”. Mais “le vernis aristocratique n’a jamais disparu : elle vouvoyait son mari et appelait Dominique Galouzeau de Villepin ‘le Galouzeau’ pour marquer son irritation envers les prétentions aristocratiques de ce bourgeois”.

Un authentique “sens politique”

Alors que Jacques Chirac est maire de Paris, elle devient la première femme élue au Conseil général de Corrèze, un mandat qu’elle exercera durant trente-six ans. Loin de se cantonner à un rôle de représentation, Bernadette Chirac “fit valoir ses convictions, y compris contre l’avis de son époux”. En 2004, durant la campagne pour les élections régionales, elle n’hésite pas à afficher son soutien à Nicolas Sarkozy, rappelle La Libre Belgique, “allant jusqu’à lui lancer lors d’un meeting de l’UMP : ‘Heureusement qu’on vous a’, au grand dam de Jacques Chirac qui exécrait ce rival impétueux”.

L’ex-première dame était dotée, selon Jean Garrigues, d’un solide “sens politique”. Elle le démontre notamment à l’occasion de l’élection présidentielle de 2002 : “Elle a été l’une des rares à prévenir Jacques Chirac du risque d’un second tour face à Jean-Marie Le Pen.”

En 1994, elle devient présidente de la Fondation Hôpitaux de Paris-Hôpitaux de France et s’attache chaque année à promouvoir l’“opération pièces jaunes” au bénéfice des enfants hospitalisés. Quelques années plus tard, elle publie ses mémoires, intitulés Conversation, dont le succès montre qu’elle est devenue plus populaire que son mari.

Son allure “droite, presque figée”, lui a longtemps valu une réputation de froideur. “Derrière cette façade, une loyauté sans faille, même face aux nombreuses frasques de son époux et des blessures intimes”, liées en particulier au décès prématuré de leur fille aînée, Laurence.