La frénésie financière de la tech pour tenir le rythme de la révolution de l’intelligence artificielle (IA) ne fait que commencer. Le créateur de ChatGPT, OpenAI, a annoncé, lundi 8 juin, avoir déposé son projet d’introduction en Bourse, une semaine après une déclaration similaire d’Anthropic, son rival dans la course à l’IA.
« Nous avons récemment soumis un document S-1 confidentiel » auprès du régulateur américain des marchés financiers, la SEC, écrit OpenAI dans un bref communiqué, précisant se résoudre à prendre la parole pour anticiper des fuites. « Nous n’avons pas encore arrêté de calendrier » et « cela pourrait prendre un certain temps, car certaines choses que nous souhaitons faire seront sans doute plus simples à réaliser en tant que société non cotée », nuance toutefois ce fleuron américain de l’IA
Ces soumissions confidentielles permettent d’obtenir le feu vert du régulateur sans dévoiler aux concurrents les données financières, et de tester le marché, quitte à renoncer ou à reporter l’introduction. « Il s’agit d’un ensemble complexe d’arbitrages, et cette démarche nous laisse la possibilité d’entrer en Bourse plus tôt si cela devait se révéler la meilleure option », conclut le bref communiqué.
Dossier confidentiel
Voisin du laboratoire de San Francisco (Californie), Anthropic a lui aussi déposé un dossier confidentiel, préalable à une décision finale qui « dépendra des conditions de marché et d’autres facteurs ».
« Une introduction en Bourse, c’est un jalon (…) ce n’est pas une destination ; c’est simplement un autre moyen de lever des fonds », a récemment affirmé Sarah Friar, directrice financière d’OpenAI, dans le podcast « All-In ».
Ces dépôts de dossier s’inscrivent dans une volonté de lever des milliards afin de financer les talents, la fabrication de millions de processeurs et la construction de mégacentres de données énergivores, nécessaires au développement de l’IA. Le secteur porte l’essentiel de la croissance américaine.
Dans ce contexte, Wall Street attend, vendredi, l’entrée en Bourse la plus massive de l’histoire, celle du géant spatial d’Elon Musk, SpaceX. Une levée record de 75 milliards de dollars (65 milliards d’euros environ) est attendue.
Une course à la valorisation
Les deux laboratoires d’IA sont eux aussi très attendus par les marchés publics, après avoir déjà atteint en privé des valorisations sans précédent pour des entreprises aussi jeunes : plus de 850 milliards de dollars en dix ans pour OpenAI, près de mille milliards en cinq ans pour Anthropic. Malgré des revenus en croissance exponentielle et l’adoption massive de ChatGPT (près d’un milliard d’utilisateurs hebdomadaires), OpenAI a vu Anthropic, fondé par d’anciens employés, le rattraper puis le dépasser en valorisation et en projections de revenus affichées.
Le créateur des modèles Claude, qui s’est construit une image de laboratoire privilégiant la sécurité et l’éthique, a repris la tête de la course en développant en premier lieu les usages professionnels, plus lucratifs que ceux du grand public captés par OpenAI.
Pour le rattraper sur le terrain de la rentabilité, indispensable pour séduire les marchés, les créateurs de ChatGPT ont entamé une profonde réorganisation cet hiver. Ils ont fermé son application de vidéos courtes divertissantes Sora, suspendu son projet de chatbot érotique et recentré leurs efforts sur les outils professionnels. Fruit de ces efforts, son outil de code, Codex, revendique désormais cinq millions d’utilisateurs hebdomadaires, contre trois, début avril.
L’Etat fédéral pourrait entrer dans le capital d’OpenAI
OpenAI a aussi pour lui de disposer de plus de puissance de calcul qu’Anthropic qui a été contraint le mois dernier de louer cher à Elon Musk son supercalculateur Colossus pour compenser sa pénurie. En face, Anthropic vient d’enregistrer le ralliement d’un cofondateur réputé d’OpenAI, Andrej Karpathy, que Musk avait débauché en 2017 pour diriger la recherche IA chez Tesla.
Au-delà des marchés boursiers, l’État fédéral lui-même pourrait entrer au capital d’OpenAI. Selon les médias américains, l’entreprise discute avec l’administration Trump d’un don d’une partie de son capital pour amorcer un fonds souverain qu’elle a proposé en avril, aucune modalité n’ayant été arrêtée. Le 5 juin, Donald Trump a confirmé ces échanges, évoquant un « partenariat » avec la nation américaine.
Le sénateur « socialiste démocrate » Bernie Sanders va plus loin et réclame une participation publique de 50 %, en plein débat aux Etats-Unis sur les risques et le coût de cette technologie.