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Optimiser sa vie en fonction de ses hormones ? Une tendance misogyne

Sur les réseaux sociaux, de plus en plus de contenus exploitent les fluctuations hormonales liées au cycle menstruel. Pour faire de l’humour ou livrer des conseils non sollicités sur l’alimentation ou la routine sportive à suivre. Sauf que ramener constamment les femmes à leurs hormones “

Optimiser sa vie en fonction de ses hormones ? Une tendance misogyne
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Santé. Optimiser sa vie en fonction de ses hormones ? Une tendance misogyne

Vous pensiez qu’en 2026 les femmes pouvaient vivre leur vie sans être constamment ramenées à leurs hormones et à leur cycle menstruel ? Quelle naïveté…

Car l’optimisation de soi (ou bio hacking) ne se borne pas au contrôle de notre sommeil ni aux retouches des contours visibles de nos corps.

Si on a toujours attendu des femmes qu’elles gèrent leurs hormones pour être productives, “cette idée persiste en 2026, mais teintée cette fois-ci de technologie capitaliste”, regrette le magazine britannique Dazed.

Petit rappel : le cycle menstruel s’étend (en moyenne) sur vingt-huit jours, au cours desquels quatre phases se succèdent.

La phase folliculaire (qui précède la libération de l’ovule), la phase ovulatoire (tout est dans le nom : libération de l’ovule), la phase lutéale (qui précède les règles) et, le meilleur pour la fin, la phase menstruelle (les règles).

On peut difficilement reprocher aux femmes de se tourner vers les réseaux sociaux pour s’informer sur leur santé hormonale : face au sexisme médical et au manque général de connaissances sur la santé reproductive des femmes, il est normal d’aller chercher l’info dans des canaux plus informels.

Le problème, c’est qu’on ne peut pas non plus se réjouir que des créateurs de contenus s’improvisent scientifiques.

Ni qu’ils surfent sur des “concepts” tels que la “clarté post-ovulatoire” en enjoignant aux femmes de synchroniser leur vie sur leurs hormones.

Le tout au gré de généralisations essentialistes et biologiques visant à vendre des produits ou à promouvoir un retour à des idées rétrogrades destinées à opprimer les femmes.

Les fluctuations de l’œstrogène, de la progestérone et de la testostérone au cours du cycle menstruel sont bien connues et documentées. De même que les variations de la libido, de la température ou du goût induites par ces fluctuations.

Pour autant, tous ces éléments “varient d’une personne à l’autre”, rappelait déjà le magazine américain Time en 2023.

“Mettre les émotionset les comportementsdes femmes sur le comptede leurs hormoneset ne pas y voir une réactionlégitime à leurs situations,ou encore laisser entendrequ’elles doivent changerleur mode de vie pours’occuper de leurs hormoneschangeantes et primitives,c’est verser dans des idéesmisogynes anciennes.”

Le site du magazine britannique Dazed

Cette tendance insinue aussi que de nouvelles technologiques pourraient nous enseigner sur nous-même quelque chose que nous ignorions : que ce sont les hormones qui sont en réalité aux commandes.

Et que les comprendre nous sauverait nous, femmes, êtres sans libre arbitre et jouets de nos humeurs primaires.

Pour Dazed, c’est très clair.

Croire que les facultés intellectuelles et physiques des femmes changent considérablement au cours du mois réduit ces dernières à des créatures régies par leur corps et leurs émotions, et “justifie à nouveau des raisonnements misogynes et détricote des décennies de travail féministe”.

“Même au nomde l’émancipation,de l’humour ou du bien-être,faire croire queles cycles menstruelsont un effet aussi démesurésur le fonctionnementpsychique et physiquedes femmes porte à penserqu’elles sont moinsrationnelles et compétentesque les hommes.”

Le site du magazine britannique Dazed

Cette tendance peut éventuellement aider les femmes souffrant de troubles endocriniens (comme le syndrome prémenstruel et le trouble dysphorique prémenstruel, par exemple).

Mais elle ravive surtout des récits misogynes éculés. Parce que, non, les femmes ne sont pas à la merci de leur cycle.—

Éloïse Duval
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