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Qui était Alberto Fujimori, “l’inventeur de la dictature du XXIe siècle” ?

Pérou. Qui était Alberto Fujimori, “l’inventeur de la dictature du XXIe siècle” ? 4 juin 2026 Où que l’on regarde, cette impression de vivre le retour de l’autoritarisme en 4K ne semble pas se dissiper. C’est ainsi le cas au Pérou, où Keiko Fujimori, arrivée en tête du premier to

Qui était Alberto Fujimori, “l’inventeur de la dictature du XXIe siècle” ?
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Pérou. Qui était Alberto Fujimori, “l’inventeur de la dictature du XXIe siècle” ?

Où que l’on regarde, cette impression de vivre le retour de l’autoritarisme en 4K ne semble pas se dissiper. C’est ainsi le cas au Pérou, où Keiko Fujimori, arrivée en tête du premier tour de l’élection présidentielle (17,1 %) affrontera le candidat de gauche Roberto Sánchez (12 %) au second tour du scrutin, le 7 juin.

Mais des Péruviens “s’inquiètent des risques d’impunité et de recul démocratique que représenterait un éventuel retour du fujimorisme au pouvoir”, note le site péruvien La Mula.

Le père de la candidate d’extrême droite a en effet laissé sa marque au Pérou, puisqu’il s’agit de l’ex-président Alberto Fujimori, condamné pour crimes contre l’humanité.

“Des proches de victimes de violations des droits de l’homme commises par des agents de l’État au Pérou ont publiquement exprimé leur opposition à la candidature de Keiko Fujimori”, souligne encore le site.

Mais c’était quoi exactement, le “fujimorisme” ?

Fils de deux immigrés japonais, Alberto Fujimori est ingénieur agricole de formation. Tout juste promu recteur de l’Université nationale agraire La Molina, à Lima, il est candidat à la présidentielle de 1990 sous les couleurs d’un mouvement qu’il a baptisé “Cambio 90”. Contre toute attente, il “parvient à se hisser au second tour”, retrace le site BBC Mundo.

Alors que l’écrivain Mario Vargas Llosa est donné grand favori, “Fujimori créé la surprise en remportant la présidentielle haut la main, avec plus de 62 % des voix”, après avoir “fait campagne sur de vagues promesses populistes”.

“Fujimori hérite d’un paysplongé dans une gravecrise économique, marquépar une hyperinflationqui dévore les revenusdes ménages.”

Le site hispanophone de la BBC, BBC Mundo

Le site hispanophone El País América poursuit : “Faute de parti, d’idéologie ou d’expérience politique, Fujimori a repris à son compte le programme de la droite : privatisations, coupes dans les dépenses publiques et gestion musclée.”

Au départ, ça marche : “l’économie se stabilise et l’inflation est jugulée”, note l’édition latino-américaine numérique du quotidien espagnol El País.

Mais “les personnes accusées de terrorisme sont jugées par des magistrats militaires anonymes, des ‘juges sans visage’, qui n’ont pas peur de prononcer des condamnations, ou même qui ne demandent qu’à le faire, qu’elles soient justes ou non, retrace encore El País América. Grâce à ces mesures, la popularité du nouveau président atteint alors des sommets.”

Et après ? La dictature.

“Porté par ce succès fulgurant, Fujimori invente la dictature du XXIe siècle, écrit Santiago Roncagliolo. En avril 1992, il dissout les pouvoirs législatif et judiciaire, avec le soutien de la population.”

“Fini les coups d’État traditionnels et les juntes militaires. La nouvelle méthode garde les apparences d’un régime civil et d’un processus électoral :réforme de la Constitutionpour autoriser la réélection,mise sous tutelle de la justiceet verrouillage des médias.”

Le journaliste Santiago Roncagliolo, sur le site hispanophone El País América

Le coup d’État est unanimement condamné par la communauté internationale.

Mais, pour Fujimori, la fin justifie les moyens. Le 12 septembre 1992 “la police péruvienne arrête Abimael Guzmán, le chef de Sentier lumineux, ainsi que d’autres dirigeants du mouvement, dans une maison du quartier de Surquillo, à Lima”, rappelle El País América.

La chercheuse Agata Serranò revient sur cette période pour le site américain The Conversation : “Sous sa présidence, de nombreuses violations des droits humains ont été commises : assassinats, massacres, exécutions sommaires, disparitions forcées, actes de torture, enlèvements, viols et stérilisations forcées” de milliers de femmes, sans parler des massacres de Barrios Altos et de La Cantuta, commis en marge de la lutte contre Sentier lumineux.

Alberto Fujimori est réélu en 1995, mais, en avril 2000, les fraudes commises lors du scrutin présidentiel, trop visibles, sont dénoncées par l’opposition. En novembre, il part précipitamment en exil au Japon.

Recherché par la justice péruvienne, il est arrêté en 2006 au Chili – il voulait rentrer pour se présenter à la présidentielle cette année-là.

En 2009, il est condamné à vingt-cinq ans de prison pour crimes contre l’humanité. Il écope également de huit ans de prison pour corruption. Il passera seize ans en détention, avant de mourir libre en septembre 2024.

Lorsqu’il s’agit d’évoquer son père, Keiko Fujimori est au mieux ambiguë, quand elle ne défend pas son héritage. Le 31 mars, à l’aube du premier tour du scrutin, elle a évoqué la présidence de son père comme un modèle de “paix et d’ordre”.

En outre, le parti de Keiko Fujimori, Fuerza Popular, est aussi à l’origine d’une loi (approuvée par le Congrès en juillet 2025) accordant l’amnistie aux militaires poursuivis pour violations des droits de l’homme dans le cadre du conflit armé qui a ravagé le pays entre 1980 et 2000.

Aussi, alors que pour la troisième fois consécutive la fille d’Alberto Fujimori est au second tour de la présidentielle, “les survivants et les proches des victimes des exécutions sommaires, des disparitions, des tortures, des stérilisations et autres graves violations des droits humains” appellent, dans une tribune citée par La Mula, à “mettre un terme à la progression de l’impunité et aux nouveaux reculs des droits de l’homme.”

Éloïse Duval
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