Saviez-vous que le nombre de jours où la température a atteint 35 °C dans les vingt capitales les plus peuplées a augmenté de 52 % ces trente dernières années ? Dans ces conditions, comment blâmer ceux qui cherchent à atténuer cette sensation de chaleur si pesante, qui altère le sommeil, la santé et la productivité ?

Pourtant, le recours individuel à la climatisation contribue à aggraver le réchauffement, notait Swissinfo.ch à l’été 2025.

Comment les climatiseurs polluent-ils ?

On compte aujourd’hui entre 1,2 et 1,6 milliard de climatiseurs dans le monde. Le plus grand nombre d’entre eux se trouve en Chine (569 millions) et aux États-Unis (374 millions). Leur nombre total devrait tripler d’ici à 2050, pour atteindre les 5 milliards. Or leur usage détériore la planète de plusieurs façons.

D’abord de manière directe, en réchauffant l’atmosphère : les climatiseurs actuels utilisent des gaz peu cher et faciles à produire, mais qui sont polluants pour l’environnement et ont un fort pouvoir réchauffant. La plupart d’entre eux utilisent une classe de fluides dits “réfrigérants”, nommés “hydrofluorocarbones” (HFC), des gaz à effet de serre qui sont des milliers de fois plus néfastes que le CO2. Globalement, ils sont responsables de 7 % des émissions annuelles de gaz à effet de serre, selon une estimation de l’ONU de 2023, un chiffre qui devrait atteindre les 10 % d’ici à 2050, selon un autre rapport de l’ONU, publié en 2025.

De manière plus indirecte, le fonctionnement des climatiseurs est très énergivore, comme le rappelait une étude publiée dans la revue Science : “L’énergie utilisée pour refroidir les bâtiments représente aujourd’hui 20 % de la consommation électrique mondiale.” En outre, le recyclage des climatiseurs usés n’est pas au point : nombre d’entre eux finissent en décharge.

Où la demande va-t-elle augmenter ?

Un peu partout : le réchauffement va stimuler la demande dans les pays riches, tandis que, dans les pays en développement, des milliards d’individus vont y accéder pour la première fois”, notamment en Asie du Sud, très touchée par les chaleurs extrêmes, rappelait Grist, média américain consacré aux questions environnementales, dès 2020.

Malgré tout, l’accès aux climatiseurs suit la logique du reste des inégalités : ce sont les travailleurs les plus exposés au dérèglement climatique qui peuvent s’en procurer le moins facilement. Encore aujourd’hui, “1,2 milliard de personnes n’ont pas accès à des services de refroidissement vitaux”, précise l’ONU.

Même dans les pays riches, l’accès à la climatisation reste très inégalitaire, rappelait le média européen The Local à l’été 2025 : “Les canicules frappent les plus pauvres de façon disproportionnée : les occupants de logements mal isolés, les sans-abri, les travailleurs souvent précaires effectuant des tâches pénibles en extérieur.”

Quelles sont les autres solutions ?

La conception des climatiseurs elle-même est amenée à évoluer en vertu de certains traités internationaux, comme l’amendement de Kigali, avec une nouvelle génération de modèles qui n’utiliseront plus de HFC mais des gaz comme le butane ou le propane, moins polluants.

Dans son rapport de 2025, l’ONU préconise des solutions de “refroidissement passif” des bâtiments, à l’instar de la plantation d’arbres pour ombrager les maisons ou de l’isolation des habitations. Ces solutions pourraient “réduire les émissions de gaz à effet de serre de 1,3 milliard de tonnes d’ici à 2050”, assure-t-elle. Certaines villes ont déjà sauté le pas, comme l’expliquait le Financial Times en février 2025, citant la ville de Phoenix, en Arizona, qui, après plusieurs mois à 37,8 °C minimum en 2024, a mis en place des “chaussées fraîches”, enduites d’un revêtement qui réfléchit les rayons du soleil, pour réduire l’effet d’îlot de chaleur urbain.

Le temps que ces solutions se généralisent, l’idée est de réserver les appareils de climatisation en priorité aux structures publiques (écoles, hôpitaux), et aux nouveaux lieux dits de “refuge climatique”, accueillant ceux qui étouffent chez eux.