“[Si vous continuez à regarder votre téléphone au rythme actuel], vous allez passer au total XX ans sur votre écran dans votre vie.” Tel est le message qu’adresse l’application japonaise Blockin aux utilisateurs, leur demandant dès l’inscription d’entrer leur temps journalier d’utilisation de leur portable. Dans le cas où l’utilisateur est un mineur de moins de 18 ans et qu’il passe entre trois et quatre heures sur son portable par jour – la moyenne du pays pour cette catégorie d’âge –, le chiffre, terrifiant, monte à vingt et un ans.
Alors que l’addiction aux réseaux sociaux chez les mineurs fait débat dans le monde entier – le gouvernement français se mobilise pour les interdire aux moins de 15 ans dès septembre –, l’application japonaise, dotée de fonctionnalités efficaces pour restreindre l’accès à ces plateformes, a été téléchargée plus d’un million de fois depuis mai 2023, rapporte le journal économique du pays, Nihon Keizai Shimbun.
Certes, les smartphones ont déjà des applications gratuites similaires. Mais celles-ci sont souvent peu contraignantes, notamment parce que l’on peut facilement retirer les limites de temps d’utilisation. Partant de ce constat, les développeurs de l’entreprise Blockin, qui commercialise l’application, ont pris soin de rendre ce procédé “très fastidieux”, souligne Yoshinori Yamao, coprésident de la firme interviewé par le quotidien Asahi Shimbun. Qui plus est, à chaque fois que l’utilisateur tente de débloquer la restriction, Blockin affiche un message comme “la différence entre le vainqueur et le perdant, c’est l’assiduité”. La version payante de l’application, de 6 600 yens par an (soit 35 euros), propose aussi le blocage irréversible des réseaux sociaux pour un temps déterminé.
“La peur de voir son temps disparaître”
Alors que nombre de parents désespèrent face à leurs enfants devenus dépendants de leur portable, les collégiens et les lycéens représentent 70 % des utilisateurs de Blockin, s’étonne Nihon Keizai Shimbun.
Fait notable, ce ne sont pas leurs parents qui installent l’application sur leur téléphone, mais bien des mineurs qui la téléchargent de leur propre initiative. D’après la presse locale, cela tiendrait au système scolaire du pays : les concours d’entrée de collège et de lycée, souvent sélectifs, poussent les jeunes Japonais à mieux gérer leur temps. D’où le fait que “l’application enregistre beaucoup de recrues en août [période pendant laquelle les adolescents préparent leur concours] et au mois de janvier [deux mois avant la période de concours]”, note le quotidien.
“Grâce à Blockin, je ne passe plus mes journées à regarder mon portable sans même m’en rendre compte”, écrit une lycéenne dans le Kokosei Shimbun, journal destiné aux lycéens.
Si les réseaux sociaux sont omniprésents, “la peur de voir son temps disparaître à cause d’eux l’est tout autant”, affirme à Nihon Keizai Shimbun Yoshinori Yamao, coprésident de la firme. “Mon objectif est d’aider ces personnes à dire non à la tentation de passer du temps dessus et à se concentrer sur leurs obligations et accomplissements.” Dans l’archipel, certaines collectivités territoriales se mobilisent pour lutter contre la dépendance au portable chez les jeunes. Ainsi, en octobre dernier, la mairie de Toyoake (dans le centre du Japon) a voté un décret incitant les enfants résidant dans la ville à limiter leur temps d’utilisation de leur téléphone à deux heures par jour. Au niveau national, les débats au sein du gouvernement sur ce sujet “accusent un retard”, déplore le journal.
Or force est de constater qu’il n’est pas aisé de rendre ce type de mesure vraiment efficace. D’où l’intérêt, selon Nihon Keizai Shimbun, des services privés comme Blockin. “Pour les consommateurs désireux de trouver une méthode d’utilisation raisonnable de leur téléphone, ils seront toujours utiles”, écrit-il.
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