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En Inde, le paradoxe des travailleurs qui filment leurs gestes du quotidien pour entraîner les IA : « Je suis en train de scier la branche sur laquelle je suis assis »

Vendeur de vêtements, coiffeur, garagiste… De plus en plus d’Indiens enregistrent des images qui serviront à entraîner avec l’intelligence artificielle des robots conçus pour automatiser leurs tâches. Ce qui, à terme, peut menacer leur emploi.

En Inde, le paradoxe des travailleurs qui filment leurs gestes du quotidien pour entraîner les IA : « Je suis en train de scier la branche sur laquelle je suis assis »
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En Inde, le paradoxe des travailleurs qui filment leurs gestes du quotidien pour entraîner les IA : « Je suis en train de scier la branche sur laquelle je suis assis »

Par Carole Dieterich (New Delhi, correspondance)
Publié aujourd’hui à 19h00

Temps de Lecture 4 min.

Dans le quartier bouillonnant et congestionné de New Ashok Nagar, situé dans l’est de New Delhi, la capitale indienne, les habitants sont les témoins de drôles de scènes depuis plusieurs mois. En poussant la porte de l’échoppe de vêtements Shubham Garment Shop, sur l’une des artères principales, le client se retrouve nez à nez avec une employée, un iPhone vissé sur la tête, en train de plier méticuleusement des tuniques traditionnelles et des tee-shirts qu’elle glisse ensuite dans des emballages plastiques.

Durant quatre heures par jour, Parul Gupta filme tous ses faits et gestes sur son lieu de travail. Son employeur a passé un accord avec Cogito Tech, une entreprise de la banlieue de Delhi spécialisée dans la collecte de « données égocentriques », des vidéos filmées à la première personne qui serviront à entraîner les futurs robots dopés par l’intelligence artificielle (IA). L’heure de vidéo fournie est payée environ 200 roupies, soit un peu moins de 2 euros.

Ces images doivent observer les taches du point de vue des mains qui les exécutent afin de permettre, à terme, à des robots de les reproduire. « Je le fais pour gagner un peu plus d’argent et si, un jour, les robots sont moins chers que les humains, alors, oui, je remplacerai mes salariés », lance sans hésiter le propriétaire de la boutique, Karan Singh Rana, sous le regard consterné de son employée. « J’ignorais totalement que ces vidéos serviraient à entraîner les robots », regrette Parul Gupta.

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