Et c’est donc parti…”, lance le journal britannique Daily Mirror en une de son édition du 15 mai. La démission du ministre de la Santé, Wes Streeting, la veille, semble annoncer le début de la fin pour le chef du gouvernement travailliste, outre-Manche. “La tentative d’expulsion de Keir Starmer du 10 Downing Street connaît un coup d’accélérateur”, confirme le tabloïd de gauche.

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Fragilisé par un revers historique du Labour aux élections locales du 7 mai (les travaillistes ont notamment perdu leur hégémonie sur le pays de Galles pour la première fois en un siècle), l’ancien procureur général, contesté par une centaine de ses propres députés, pourrait bientôt faire l’objet d’une tentative de destitution interne. “Afin de déclencher l’organisation de l’élection d’un nouveau chef de file, il faut qu’un candidat soit député et obtienne le soutien d’au moins 81 de ses collègues”, soit 20 % du groupe parlementaire, explique le quotidien londonien, parmi les derniers soutiens de Starmer au sein du paysage médiatique. En vertu du système politique britannique, selon lequel le chef du parti majoritaire à Westminster prend les rênes du gouvernement, le vainqueur d’un éventuel scrutin interne deviendrait donc Premier ministre du Royaume-Uni.

Angela, Andy et Wes

Si Wes Streeting, représentant de l’aile droite du Labour, lorgne la couronne, deux autres prétendants de premier plan patientent en coulisse. La première, Angela Rayner, a été la vice-Première ministre de Keir Starmer jusqu’à sa démission, en septembre 2025, dans le sillage de révélations au sujet de petits arrangements fiscaux entourant l’achat d’un appartement à Hove, dans le sud de l’Angleterre. Coïncidence heureuse, la favorite de la gauche du Parti travailliste, défenseure autoproclamée de la classe ouvrière, a annoncé jeudi 14 mai avoir réglé sa dette envers l’administration. “La clôture de cette affaire lui dégage désormais la voie”, glisse le Daily Mirror.

Surtout, les regards de la presse se tournent vers Manchester, où le maire de la métropole, Andy Burnham, ne cache pas sa volonté d’accéder aux commandes de la cinquième puissance économique mondiale. Seulement, pour l’heure, un obstacle de taille se dresse sur le chemin du quinquagénaire : son absence des bancs de la Chambre des communes. “Mais dans une décision explosive, jeudi soir, l’un des députés de Manchester, Josh Simons, a accepté de démissionner pour lui permettre de tenter sa chance lors d’une élection législative partielle”, s’exclame le Daily Mirror.

Popularité sans garantie

Parmi les hommes politiques les plus populaires du Royaume-Uni, Burnham aura fort à faire face à la poussée de la droite populiste observée dans la région lors des élections locales du 7 mai. “Chantre d’un ‘socialisme inspirant’, symbolisé par la nationalisation des services publics indispensables comme l’eau et l’énergie, il a déjà brigué la tête du Labour deux fois sans succès, en 2010 et en 2015”, précise le journal populaire de Londres. Reste à voir si ses bons résultats obtenus depuis 2017 à Manchester, ville en plein essor, convaincront cette fois les militants de lui accorder leur confiance.

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En attendant qu’un de ces prétendants (auxquels s’ajoutent une poignée d’outsiders) sorte formellement du bois, Keir Starmer reste aux commandes d’un parti et d’un pays aussi divisés l’un que l’autre, sans intention de partir. Rien n’empêche le Premier ministre, d’ailleurs, de participer à l’éventuelle élection déclenchée par ses rivaux. “Tout ce cinéma déstabilise le paysage politique, s’agace le Daily Mirror dans son éditorial du jour, au moment où le pays a précisément besoin du contraire.”